Google News Showcase : diviser pour mieux régner

Google a annoncé début octobre le lancement d’un nouveau service, Google News Showcase, censé constituer un partenariat avec les éditeurs de presse. En pratique, il s’agit d’un outil pour contourner l’implémentation du droit voisin, toujours en cours de transposition dans l’ensemble des Etats membres de l’Union européenne, à l’exception de la France.

 

Lors de la présentation de son News Showcase, Google a annoncé un investissement initial de 1 milliard d’euros, alloués à des partenariats avec des éditeurs de presse et le développement de cette plateforme. Avec celle-ci, Google promet une expérience de news inédite pour les utilisateurs, assortie d’un contrôle éditorial des éditeurs au sein même de la plateforme. Près de 200 publications européennes et internationales ont rejoint le projet, notamment les publications allemandes du Der Spiegel, Stern ou Die Zeit.

La stratégie de Google consiste à contacter chaque éditeur individuellement afin de leur proposer des licences individuelles pour l’utilisation de leur contenu et ainsi contourner la future application du droit voisin pour les éditeurs, qui est en cours de transposition dans l’ensemble de l’Europe. En effet, la grande majorité des éditeurs européens souhaitent se voir rémunérés conjointement sur base du droit voisin, et négocier d’une seule voix avec Google. Les contrats proposés par Google dans les anciennes versions de News Showcase prévoyaient une clause stipulant que Google pouvait mettre un terme immédiatement à l’accord si un éditeur participait ou initiait une plainte ou une action judiciaire contre Google.

Or, le fait que Google propose des contrats individuels à deux dangers : d’une part, un secteur de la presse fractionné, manquant de poids dans la négociation et, d’autre part, une promotion par Google des publications de presse qui auront conclu des licences individuelles avec elle, au détriment des autres éditeurs qui sont également dépendants de Google pour le référencement.

Angela Mills Wade, du European Publishers Council a d’ailleurs réagi en annonçant que « il est clair que Google ressent la pression de la législation et des mesures gouvernementales conçues pour les amener à la table des négociations. En lançant leur propre produit, ils peuvent dicter les termes et conditions, saper la législation conçue pour créer les conditions d’une négociation équitable, tout en affirmant qu’ils contribuent à financer la production de nouvelles ».

WE MEDIA, ainsi que, entre autres, les fédérations européennes EMMA, ENPA ou EPC encouragent leurs membres à ne pas entrer dans des négociations individuelles avec Google et de favoriser la valorisation commune du droit voisin afin d’être rémunérés correctement pour la réutilisation de leurs contenus par le moteur de recherche.

 

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