En France, la FNPS (Fédération Nationale de la Presse d’information Spécialisée) a fêté ses 50 ans. L’occasion de demander à son président Jean-Christophe Raveau comment il envisage le rôle et l’avenir de la presse professionnelle. « Il devrait y avoir un label pour les contenus de qualité », a-t-il déclaré.
Un moment fort s’est déroulé début novembre à la Bibliothèque nationale de France à Paris. Plusieurs centaines de spécialistes de la presse magazine s’y sont retrouvés pour célébrer les 50 ans de la FNPS, l’association des éditeurs de presse professionnelle. « Un moment mémorable », se souvient le président Jean-Christophe Raveau (PYC Media). « Nous avons parlé du rôle d’utilité sociale de la presse professionnelle. »
Le 50ième anniversaire de la fédération est l’occasion de se pencher sur la situation de la presse professionnelle en France. Et sur le rôle du syndicat. Celui-ci s’avère proche de celui des syndicats dans notre pays. « Nous avons trois rôles principaux », explique Jean-Christophe Raveau. « Tout d’abord, nous aidons les éditeurs dans à accéder aux aides à la presse et dans l’enchevêtrement des législations fiscales et sociales. Par exemple, nous leur facilitons l’accès à des tarifs postaux plus avantageux, aux possibilités de réduction de la TVA et à d’autres réductions fiscales. Deuxièmement, nous les aidons avec des formations et des réunions sur la transformation numérique. Et troisièmement, nous assurons le lobbying de nos intérêts à l’échelle française et européenne. »
Pas trop rapide pour le numérique
« La transformation numérique est bien sûr un thème très présent dans notre pays. Et elle est loin d’être terminée », explique Raveau. « En particulier si votre modèle économique repose sur les revenus publicitaires car le digital only ne permet pas de capter les mêmes revenus que ceux générés par le papier. Pourtant, les investissements sont lourds : vos lecteurs veulent pouvoir vous trouver en ligne, vos annonceurs demandent des outils pour mesurer l’impact de leurs investissements et la législation nous impose des solutions coûteuses pour gérer les données de nos utilisateurs. Il s’agit donc de ne pas aller trop vite, avec la nécessité de devenir un véritable conseiller en communication pour nos annonceurs. »
Heureusement, il existe un lien quasi indéfectible entre les lecteurs et leurs médias professionnels. « 91% des lecteurs de la presse professionnelle la trouvent utile et fiable », dit-il. La proportion d’abonnements est donc très élevée, ce qui rend cette option en ligne préférable au paiement par clic, selon Raveau.
Le contenu de marque n’est pas un grand salut
M. Raveau ajoute que si les annonceurs apprécient l’innovation numérique, ils sont aussi très prompts à l’abandonner, ce qui rend difficile l’ancrage de l’innovation dans le portefeuille de produits.
Au sein des recettes publicitaires, le native advertising absorbe également une part croissante des budgets en France, bien que le président de la FNPS nuance immédiatement ce succès. « Il s’agit en effet d’une évolution à laquelle on ne peut échapper », déclare-t-il. « Mais d’un autre côté, votre coût de production est plus élevé et vous ne pouvez pas toujours le répercuter sur la facture de votre annonceur. »
Diversification du contenu
Le lectorat et les recettes publicitaires ne doivent évidemment pas être la seule source de revenus d’un éditeur de presse professionnelle. « En France aussi, nous nous efforçons de nous diversifier », explique Jean-Christophe Raveau. « Si vous voulez réussir, il est essentiel de partir de l’information et du contenu. C’est notre force et, à partir de là, vous pouvez également évoluer vers des événements et des conférences. Avec ma maison d’édition, par exemple, j’organise un salon qui accueille, en plus des stands des exposants, une trentaine de conférences par session. Celles-ci n’ont de succès que parce que les éditeurs sont responsables du contenu. »
Le défi de l’IA
Les quelques paragraphes qui précèdent ne se lisent pas immédiatement comme une série de bonnes nouvelles, mais la presse professionnelle en France est néanmoins très stable. « Le marché est et reste très fragmenté, mais aucun mouvement majeur n’est perceptible, même si l’on observe une certaine concentration à gauche et à droite. »
Toutefois, il est difficile pour lui d’évaluer l’avenir. « Beaucoup dépendra de la manière dont nous, en tant que société, interagirons avec les GAFA et leurs pairs », explique Raveau. « Comment pouvons-nous permettre à nos informations de survivre à une époque où l’IA fournit des réponses sans mentionner la source ? Nous devons trouver une réponse à cette question pour espérer de beaux jours devant nous. »
Il est temps de changer d’étiquette ?
Un deuxième défi consiste à souligner la qualité offerte par la presse professionnelle et la presse en général. C’est un thème très présent en France et autour duquel les premières initiatives voient le jour. « Nous essayons d’apprendre à nos enfants et à nos jeunes à mieux connaître les sources auxquelles ils peuvent se fier et celles auxquelles ils ne peuvent pas se fier », ajoute le président de la FNPS. « En outre, la question de la création d’un label de qualité est en cours de discussion. L’initiative « Journalism Trust » de Reporters sans Frontières en est un exemple. Cependant, elle n’est pas à la portée de tous les éditeurs et, dans le même temps, nous avons tout intérêt à ne pas créer une prolifération de labels. »
Raveau ajoute que l’étiquetage a été l’un des sujets brûlants des États généraux de l’information, qui ont réuni tous les médias français pendant un an. Un débat qui pourrait également voir le jour en Belgique ?