La répétition est la force de la publicité et nous le dirons donc volontiers une nouvelle fois : plus que jamais, le monde a besoin d’un journalisme de qualité. Seulement, avec l’implosion d’une série de modèles d’affaires de marques média, sa base financière nécessaire a diminué. Certains médias continuent à avoir du succès et peuvent ainsi servir d’inspiration aux autres. Comme Mediapart en France.
À l’heure où les crises mondiales se succèdent, le besoin d’une solide étude des faits et d’un journalisme respectueux et engagé reste grand. Cependant, ce qui est vraiment bon ne peut être gratuit et doit être rémunéré : via la publicité, les lecteurs ou la data.
Le gratuit n’a jamais existé
L’erreur de ‘l’info gratuite’ de la première décennie de ce siècle a sonné le glas d’une flopée d’entreprises média. C’est ce qui explique pourquoi, aujourd’hui, de grandes marques média travaillent avec une forme ou autre d’enregistrement, d’abonnement ou de paywall.
C’est aussi le cas pour Mediapart, le média d’information numérique français qui se profile avec un journalisme d’investigation. Mediapart est une organisation totalement indépendante et financièrement saine. Et ce, sans publicité ni subsides : 98 % des revenus proviennent des plus de 213.000 abonnés.
Quelle est la clé du succès ?
À l’entame de 2008, peu de gens auraient misé des sous sur le projet, mais ces dernières années la marque média s’est forgé une réputation de ticket gagnant, voire de vache à lait. Il faut dire que la croissance du site d’actualité dépasse celle de n’importe quel autre média en France, la plupart étant pourtant aux mains de grands groupes média.
Les sept fondateurs (dont l’ancien rédacteur en chef du Monde Edwy Plenel) ne misent pas sur de brefs flashs infos gratuits pour la masse, mais produisent de longs articles détaillés alimentés par un journalisme d’investigation. La qualité et l’exclusivité étaient et sont toujours les valeurs de base sur lesquelles repose Mediapart.
Le tournant
Et ça a fonctionné. À une époque où plus personne ne payait encore pour du contenu et la crise financière sapait tous les rapports valeur/prix, la marque média a survécu, pour ensuite prospérer. Le tournant a été une enquête menée en 2010 sur l’affaire Woerth-Bettencourt, un scandale national en France. En quelques mois, le nombre d’abonnés a doublé. Depuis, la marque média a imperturbablement maintenu cette ligne ascendante, ainsi que le travail d’investigation en béton qui, avec la régularité d’une horloge, permet de produire un journalisme mémorable.
« Nous défendons l’idée que l’information est un métier et qu’elle a de la valeur », explique » Edwy Plenel. « Nous affirmons que notre information est utile, crédible, originale et exclusive. Si les lecteurs ont confiance en cette information et en son indépendance, ils peuvent nous soutenir en s’abonnant. »
De l’innovation dans les bons comme dans les mauvais moments
Mediapart a continué à innover pendant la pandémie de Covid-19 et a lancé une émissions quotidienne sur YouTube, ‘À l’Air Libre’. L’initiative fut aussi une des premières en France à publier des investigations sur les violences sexuelles, avant même que le mouvement #MeToo ne prenne de l’ampleur, et Mediapart fut le premier média français à nommer un responsable éditorial aux questions de genre.
Au niveau de la transparence aussi, Mediapart prend l’initiative. Par exemple avec la ‘boîte noire’ à la fin de chaque investigation. Dedans, on publie la méthodologie de l’investigation et tous les documents pertinents. Depuis 2018, tous les journalistes Mediapart éditent aussi sur le site une déclaration d’intérêts.
Les abonnés font une partie du boulot
En 2021, Mediapart attirait en moyenne 6,5 millions de visiteurs par mois. Quelque 20 % du trafic était généré par les abonnés avec leurs articles de blog dans la partie ‘club’. Mediapart est également un des derniers grands sites d’actualité en France où les lecteurs peuvent librement commenter les récits. La marque média prend au sérieux l’aspect ‘part’-icipatif et intègre les lecteurs dans l’équipe rédactionnelle.
À leur tour, les abonnés se sont aussi chargés d’une partie du marketing. Ils ont eu la possibilité d’offrir des articles-cadeaux à des connaissances, de proposer des abonnements à un euro à peine (pour le premier mois) et de supprimer le paywall certains jours.
L’étranger attend…
Aujourd’hui, Mediapart compte 131 collaborateurs, dont 72 journalistes. L’enseigne a réussi à démontrer qu’un site d’actualité indépendant peut être rentable sans être tributaire d’annonceurs, de l’État ou de Google.
En 2021, la croissance s’est quelque peu ralentie après le boom du nombre d’abonnés et de visites de site causé par la pandémie. Mediapart est en train d’étudier comment s’agrandir en publiant dans d’autres langues (anglais, espagnol) et en collaborant avec toujours plus de chaînes d’information locales et étrangères.
Sources :
France Mediapart succesful model investigative journalism
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