La troisième édition du Mag Inspiration Day, qui a eu lieu le vendredi 4 novembre à Amsterdam, a rencontré un succès incontestable. Avec un programme axé sur la conception et le travail de rédaction, la Magazine Media Associatie (MMA) et la Nederlandse Vereniging van Journalisten (NVJ) ont réussi à inspirer les quelque 300 créateurs de magazines présents. La partie réseautage a aussi apporté une énorme plus-value, raconte la directrice de MMA, Harriët Schrier, qui se remémore l’événement pour nous.
« L’idée faîtière était qu’il devait s’agir d’un événement de réseautage pour les gens actifs dans le secteur magazine. En prévoyant un mix d’orateurs nationaux et internationaux, de conception et de rédactionnel, nous avons vraiment voulu inspirer les participants dans le cadre de leurs occupations professionnelles quotidiennes. »
Harriët Schrier souligne qu’il ne s’agit pas d’un de ces congrès où l’on se borne à se caler dans son siège et à laisser les choses venir des heures durant. « Ce qui est sympa, c’est qu’on a le contrôle et qu’on peut opérer des choix. Il y avait, simultanément, quatre sessions parallèles de trente minutes chacune, et chaque orateur livrait son récit par deux fois. Pendant les moments de passage, on entendait les gens s’écrier « C’était bien ? » et « Oh, alors j’irai plutôt là ! ». Un tel topo met donc aussi beaucoup d’ambiance. »
Lors des sessions parallèles, animées exclusivement par des orateurs néerlandais, les participants étaient donc libres de choisir où ils se rendaient. Il y avait un large éventail d’orateurs, avec, entre autres, une illustratrice qui agrémente l’actualité en presse quotidienne et une dame qui fournissait des conseils au sujet de techniques d’interview. Par contre, le volet international du Mag Inspiration Day a bel et bien pris la forme d’une activité plénière. Le fait que ce qui aux dires de Schrier était sans doute le meilleur discours et l’intervention qui a fait la plus grosse impression ont eu lieu dans le courant de cette première partie de la journée démontre qu’avec sa sélection d’orateurs internationaux elle a tapé dans le mille.
Des orateurs internationaux de haut vol
Pour constituer une shortlist d’orateurs de premier plan, Schrier envoie toujours un courriel aux gens du secteur leur demandant qui les inspire. « Tout en haut de la liste ainsi obtenue figurait Nicholas Blechman de The New Yorker, qui a accepté notre invitation. The New Yorker étant un magazine particulièrement populaire auprès des créateurs de magazines. La salle était remplie de fans et j’en fais moi-même indubitablement partie. Il est difficile de nommer une seule présentation comme étant la meilleure, mais c’est quand même la sienne qui me viendrait à l’esprit. »
« Blechman est le concepteur de The New Yorker. Il a proposé un récit très créatif et captivant. Il a passé en revue sa journée de travail tout entière et a parlé de ce sur quoi les équipes travaillent et comment se font les choses au sein du magazine. Pour décrire le processus derrière les couvertures et les pages d’intérieur, il s’est servi d’un tas d’images et en a mis plein les yeux à tout le monde. »
Toujours dans le cadre du volet international, Marie-Pierre Lannelongue, rédactrice en chef chez Le Monde, est venue parler du développement du supplément de presse quotidienne ‘M’. Sonya Zoubaga, quant à elle, a créé un moment émotionnel impressionnant, et engendré un peu de stress chez les organisateurs. En effet, Zabouga est la rédactrice en chef des éditions ukrainiennes d’ELLE et d’ELLE Décoration. Elle s’est adressée à l’auditoire via un lien en direct pour parler de la publication d’une revue de luxe en temps de guerre. »
« Quand, ce matin-là, je me suis rendue sur les lieux à Amsterdam, j’ai appris que le courant en Ukraine avait été coupé par les Russes. Le suspense était à son comble, car avec 300 personnes dans la salle nous devions impérativement parvenir à rétablir la connexion. Sonya s’est alors adressée aux gens via son smartphone ; ce fut vraiment remarquable. En fait, son récit était plutôt rationnel, mais ensuite elle a aussi évoqué le soutien que lui apporte sa collègue russe chez ELLE. Quand la question est venue du public de savoir comment on pouvait l’aider, elle a craqué. Ce fut très émotionnel. »
Réunir les créateurs de magazines
Après plusieurs années de corona, le Mag Inspiration Day fut sans conteste un grand jour dans l’agenda des créateurs de magazines néerlandais. « L’appréciation exprimée par les visiteurs était immense, aussi parce que la partie réseautage est très importante. Pendant longtemps, durant cette période du coronavirus, on n’a évidemment pas eu la possibilité de se voir. C’est très dommage, car les collaborateurs des différents éditeurs n’ont généralement pas souvent l’occasion de se rencontrer. »
« Les créateurs de magazines sont très fiers de ce qu’ils font et nous estimons qu’il faut parfois récompenser cela. » Réunir les gens du secteur est dès lors un des fers de lance du plan stratégique de l’association sectorielle MMA. « Nous organisons plusieurs rendez-vous et, donc, une fois par an un très gros événement. Aux yeux des participants, ce jour est un cadeau. Ils signent présent, ont envie de participer aux sessions et de se voir, de manger un bout et, après coup, de trinquer ensemble. »
La remise des Mercurs
Une nouveauté cette année : la remise des Mercurs. C’était déjà la 24e édition de ces prix professionnels, mais cette année les festivités ont eu lieu à l’occasion du Mag Inspiration Day, et non dans le cadre du gala habituel. « Il s’agit invariablement d’une grande fête où l’on se borne à dévoiler les lauréats. Cette fois, nous avons été en mesure d’y ajouter un volet de contenu. Les nominés dans les catégories reportage et marque magazine se sont vu offrir la possibilité de présenter leurs cases ou produits cross-média à l’auditoire, en personne, ce dont ils se sont acquittés avec beaucoup d’enthousiasme. Ce fut un ajout très sympa, créant une vraie plus-value. »
Vous pouvez retrouver le rapport du jury ici. à Mercurs 2022 Juryrapport – Mercurs 2022
Beaucoup de sujets brûlants
La presse magazine néerlandaise est aujourd’hui en pleine ébullition. C’est ce qui ressort lorsque Harriët Schrier fait l’énumération des sujets brûlants qui ont passé la revue dans les couloirs et les coulisses de l’événement. « Nous sommes confrontés à toutes sortes de facteurs. Comme en Belgique, nous avons évidemment à faire face à l’inflation, qui a un impact côté consommateur. Les gens doivent faire des choix, ne peuvent dépenser chaque euro qu’une seule fois, et les magazines restent finalement un produit de luxe. Nous nous retrouvons aussi avec un monopoliste dans le domaine de la diffusion, ce qui, en termes de distribution, ne rend pas la vie plus facile aux éditeurs. »
« En outre, les coûts d’impression explosent à cause de la crise de l’énergie, le prix du papier est aussi à son comble en ce moment et les syndicats mettent la pression pour encore augmenter les frais salariaux élevés afin d’aider les gens dans ce contexte d’inflation et de prix énergétiques élevés. À cause de cela, on voit par ailleurs naître d’autres modèles d’affaires. Ainsi, il y a un nouveau phénomène autour de la précommande qui fait qu’on n’imprime que ce qui est commandé en ligne et donc, au bout du compte, effectivement vendu. Sans ventes au numéro, les frais de distribution sont considérablement réduits, ce qui, dans l’optique de la durabilité, est évidemment aussi très bon à prendre. »
Jetez un œil rétrospectif sur le site de l’événement.
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