Durabilité : les éditeurs font plus que leur part

groen recycle logo op bruin papier

Dans la transition vers la durabilité, on n’a pas le choix. Chacun doit y mettre du sien. Dans ce contexte, il est frappant de constater que les éditeurs magazine ne veulent pas suivre, mais mener. Ils en sont en outre capables, grâce à la force d’information et de sensibilisation de leurs magazines.

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Au début des années 2000, les éditeurs magazine avaient la vie difficile lorsqu’il s’agissait de durabilité. Il leur fallait en effet du papier pour leur produit, ce qui entrainait l’abattage d’arbres.

C’est toujours le cas, mais le papier s’est mû de cancre en élève modèle. « Aujourd’hui, utiliser du papier est bon pour notre planète », dit Thierry Hugot, Commercial & Group Marketing Director chez Rossel. « Quand on coupe une forêt pour produire du papier, on en plante immédiatement une nouvelle. Si l’on tient en outre compte du fait que le papier contient jusqu’à 90 % de matières recyclées, on constate qu’il contribue à protéger les forêts. »

Hugot se réfère au label FSC, qui signale que le papier utilisé provient de forêts durables et/ou est fabriqué de matières recyclées.  Entre-temps, ce papier est devenu la norme. Chaque éditeur que nous avons contacté n’utilise que du papier portant ce label. Les prix élevés du papier ne peuvent rien y changer. « Nous continuons, de façon cohérente, à utiliser du papier issu de la gestion durable des forêts, certifié tel quel », souligne Xavier Bouckaert, CEO de Roularta.

FSC label

Il n’y a pas que le papier qui soit plus durable

Les magazines ne sont d’ailleurs pas uniquement composés de papier. Il y a aussi l’encre et, dans certains cas, un film plastique pour assurer la livraison de la publication aux abonnés. Dans ces deux domaines aussi, de gros progrès ont été réalisés ces dernières années. L’encre est beaucoup moins polluante et de nos jours l’emballage plastique est généralement biodégradable.

Reste (du moins dans le cas d’un produit papier) : la distribution. Il semblerait que là, il y ait encore pas mal de pain sur la planche, même si des voix s’élèvent sur ce point aussi. « Nous plaidons pour une distribution sans retours », dit Kristine Ooms, co-propriétaire de De Deeluitgeverij. « Nous devons évoluer vers un nouveau système, selon lequel la demande est mieux évaluée à l’avance et le schéma de distribution est plus affiné en vue de réduire le gaspillage. Le tirage ne peut plus être un moyen de promotion. Au sein de WE MEDIA, nous étudions comment réaliser cela. »

« N’oubliez toutefois pas que le marché magazine se fait en circuit court », insiste Thierry Hugot. « Nous travaillons avec des journalistes locaux, imprimons en Belgique, … Du coup, l’impact de la distribution est déjà moins grand. »

Les objectifs de durabilité en guise de boussole

Dans la gestion de l’entreprise, les éditeurs misent aussi toujours davantage sur la durabilité, que ce soit dans des groupes de taille plus grande ou plus petite. Ainsi, Roularta a décrété que 2022 est une année dans laquelle l’enseigne fera de grandes avancées, tant comme entreprise qu’à travers les titres individuels. On s’y base depuis quelques années sur les 17 objectifs de développement durable de l’ONU. « Ainsi, le SDG 12 est important pour nous », dit Xavier Bouckaert. « Nous essayons d’en arriver à une consommation et une production plus responsables, entre autres grâce à l’achat d’une presse très économe en énergie. Elle économise la consommation annuelle en électricité de 100 ménages. Quant au SG 8, nous y répondons en mettant l’accent sur les formations et le développement de nos collaborateurs. »

D’une éolienne à du café équitable

Roularta mise donc tant sur des aspects écologiques que sociaux. C’est ce que fait aussi Rossel qui, contrairement à son collègue éditeur, n’a pas de stratégie dédiée, ni de rapport de durabilité assorti, tout en augmentant bel et bien le nombre de projets de durabilité.  « Les nouvelles voitures de société sont hybrides ou électriques », dit Thierry Hugot pour commencer son énumération. « Nous installons des panneaux solaires sur chaque bâtiment, une éolienne a été construite à côté de notre imprimerie, etc. » De cette façon, le groupe média assure entre autres la production d’énergie pour les serveurs, et ce, de façon écologique. La consommation média en ligne a en effet aussi un impact.

Au niveau social, Rossel porte une attention particulière au bien-être et au pouvoir d’achat de ses collaborateurs, et mise sur l’entrepreneuriat. Ainsi, les collaborateurs prometteurs se voient rapidement confier la responsabilité d’une des sociétés du groupe ou sont encouragés, avec l’aide de l’éditeur, à monter une entreprise.

Quant à De Deeluitgeverij, on y achète très délibérément des produits comme le café et le thé, ce qui a poussé Netwerk Bewust Verbruiken à récompenser l’éditeur d’un award.  « Et puis, un nom comme ‘De Deeluitgeverij’ ne se choisit pas non plus au hasard », ajoute Kristine Ooms. « Il communique que nous croyons énormément en la force d’entreprendre des choses ensemble. »

Les magazines comme mégaphone

Un dernier aspect de durabilité sur lequel les éditeurs magazine misent fort, est la sensibilisation via leurs titres. En 2018, Pub a ainsi lancé l’événement Orbit by Pub, avec lequel on a voulu encourager le marché publicitaire à devenir plus durable. « C’était pour nous le moyen d’avoir le plus d’impact », explique le directeur éditorial Philippe Warzée. « Bien sûr, nous tentons nous-mêmes d’apporter notre pierre à l’édifice. 90 % de nos collaborateurs se rendent au travail avec les transports en commun et nous essayons de limiter au maximum notre tirage pour éviter les excès de stock. »

Du côté de Rossel et De Deeluitgeverij aussi, on développe des initiatives pour inspirer et informer les lecteurs, notamment via Le Soir et Eos Wetenschap. Cependant, ce sont sans doute les titres Roularta qui poussent le bouchon le plus loin. Au sein du groupe média, chaque rédaction a formulé ses propres ambitions en matière de durabilité. Chez Flair, par exemple, la diversité et l’égalité des genres sont des ambitions majeures.

Le mot de la fin est dès lors pour Xavier Bouckaert : « Les éditeurs ont une très grande responsabilité sociale en matière de transition vers la durabilité. Ils ne peuvent plus être aux abonnés absents, mais se doivent de montrer le bon exemple et d’influencer la société de façon positive. »

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