Que peuvent faire les éditeurs avec l’IA ?

éditeurs avec l’IA

Augmenter la productivité, faciliter le fonctionnement interne ou remanier du contenu dans d’autres formats… Les possibilités de l’intelligence artificielle générative sont quasi légion. Dans un rapport limpide, l’International News Media Association (IMMA) guide les éditeurs dans le monde miraculeux de l’IA. En voici un résumé.

Si l’intelligence artificielle (IA) n’est pas en soi une invention nouvelle, elle s’est de plus en plus intégrée ces dernières années. Les développements dans ce secteur se succèdent à une vitesse folle. Une des nouveautés principales pour le grand public est l’IA générative. Ce terme désigne les algorithmes capables de créer du contenu ‘par eux-mêmes’. Avec de telles applications aussi, les développeurs expérimentent depuis pas mal de temps déjà, et les chatbots ne sont pas nouveaux, mais ChatGPT et consorts ont récemment fait passer la technologie à un niveau supérieur – et jusque dans les foyers.

Il n’est pas étonnant que les organisations qui vivent de la production de contenu soient également touchées. Le rapport IMMA n’esquive pas le caractère disruptif de l’IA générative pour les éditeurs, mais met aussi en exergue, outre les dangers éventuels, les nombreuses opportunités qui vont de pair avec cette (r)évolution numérique.

Opportunités

Il existe aujourd’hui sur le marché des centaines d’outils d’IA pouvant significativement augmenter la productivité d’une rédaction. Prenez ChatGPT d’OpenAI, qui fonctionne sur base du modèle linguistique GPT et existe désormais aussi sous forme d’appli. À condition de poser les bonnes questions, ChatGPT peut nous inspirer, voire faire des propositions de contenu concrètes. En un rien de temps, l’outil crée des questions d’interview, une liste de mots-clés pour un article SEO, une méta description, une publication Facebook, voire un article (de base).

Les possibilités sont légion. Il existe des applications qui transcrivent des fragments audio quasi sans fautes, génèrent des images sur base d’input textuel, ajoutent des sous-titres à une vidéo, analysent et résument de grosses bases de données, … Dans les coulisses aussi ou en dehors du rédactionnel, l’IA donne un coup de main. Ainsi, il existe même des outils qui facilitent le travail des community managers et imaginent des réponses diplomatiques aux réactions critiques.

Que les choses soient claires : les outils d’IA générative peuvent apporter d’énormes gains d’efficacité. Le fait que cela donne au personnel d’organisations média la possibilité d’investir plus de temps dans des défis que les algorithmes ne maîtrisent pas – l’auteur du rapport pense par exemple au high-value journalism –, prouve que le pas vers les gains de qualité est alors rapidement franchi.

Les applications de l’IA peuvent se charger du contenu élémentaire, mais sont aussi à même de remanier des publications existantes dans des formats différents, ou de les traduire dans un langage adéquat pour différents publics cibles. De cette façon, l’intelligence artificielle crée encore un peu plus de plus-value à l’attention du public. Et ce, avec un effet démographique non négligeable, car même les cibles qui se voient généralement mises de côté, sont présentées avec un contenu pertinent. Et puis, grâce aux nouvelles possibilités en matière de recherche d’audience, cette pertinence accrue vaut finalement pour le public tout entier.

Comme le marché des outils d’IA évolue à une vitesse folle, un aperçu concret serait vite obsolète. Il convient d’abord de bien réfléchir aux besoins spécifiques, pour ensuite partir à la recherche de la solution la plus adéquate.

Menaces

Les journalistes et autres collaborateurs des éditeurs doivent-ils être inquiets ? L’intelligence artificielle pourrait-elle reprendre leurs tâches jusqu’à les remplacer dans leur boulot ? Les choses ne risquent pas d’aller si loin, même s’il convient de faire la distinction entre les tâches simples et répétitives et le travail journalistique en profondeur. Quiconque se colle uniquement à cette première catégorie, est en droit de se sentir menacé, mais lorsqu’il s’agit de tâches vraiment complexes, les algorithmes sont dépassés.

Il existe en effet encore un fossé important entre l’identification de modèles et celle de modèles très pertinents. Éplucher des textes à la vitesse de l’éclair est une grande qualité, mais quid de la différence entre faits et opinions ? Quid de l’ajout d’une couche nécessairement émotionnelle et orientée public ? En outre, interviewer des experts pour récolter de nouveaux insights n’est pas non plus vraiment la spécialité d’un algorithme.

Les journalistes sont et restent donc indispensables. Dans la pratique éditoriale contemporaine, l’intelligence artificielle n’est dès lors pas un challenger, mais une ressource, comme en témoigne la longue liste d’opportunités. Il s’agit d’exploiter l’IA de façon réfléchie, une quête qui comporte aussi des considérations d’ordre juridique et éthique.

Obstacles

Une transparence totale sur l’utilisation de l’IA s’impose, ainsi qu’une vigilance à l’égard des erreurs inhérentes à l’outil. Ainsi, il existe de nombreux exemples d’algorithmes qui transposent des préjugés dans le contenu créé. Il convient de respecter les cadres juridiques existants et de suivre à la trace les nouveaux développements en la matière. Aujourd’hui, par exemple, un débat fondamental fait rage sur le copyright et les droits d’auteur. Qui peut en effet s’appeler propriétaire du contenu artificiel ?

Encore y ajouter une couche d’autorégulation en tant qu’éditeur ou entreprise média ne semble pas être un luxe inutile. Lorsque des mots de code comme transparence et vérification des faits sont intégrés dans le fonctionnement éditorial, les opportunités offertes par l’intelligence artificielle sont à portée de main et le média comme le public en cueillent les fruits.

Lisez la nouvelle directive sur l’IA récemment introduite par le Raad van de Journalistiek (en néerlandais).

Source : INMA: Report – News Media at the Dawn of Generative AI

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