Ike Picone (VUB) : « Difference Day convaincra à nouveau les professionnels des médias de la valeur de leur travail »

Difference Day

À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, un collectif d’établissements d’enseignement bruxellois organise depuis 2015 Difference Day, un événement où une floppée d’orateurs inspirants martèlent l’importance de la liberté de la presse et d’un débat public ouvert. Le 3 mai aura lieu la 3e édition, au centre d’art Bozar. Ike Picone, professeur en études médiatiques et journalistiques à la VUB, gère les préparatifs et nous donne déjà un bref aperçu de ce qui sera au programme.

« Difference Day célèbre la Journée mondiale de la liberté de la presse », raconte le professeur Ike Picone. « L’initiative a été lancée sous l’impulsion de Caroline Pauwels, l’ancienne rectrice de la VUB. Elle avait été choquée par l’attentat contre Charlie Hebdo et estimait en outre qu’en Belgique aussi on accordait toujours trop peu d’attention à la liberté d’expression. »

Comme l’exprime le titre de l’événement, cette émanation belge de la Journée mondiale de la liberté de la presse apporte un accent supplémentaire. « À l’occasion de Difference Day, on souligne également à quel point il est important de permettre à des opinions divergentes de se confronter dans l’arène publique », dit Picone. « C’est ce qui explique aussi le slogan : speak freely, listen respectfully, different opinions matter. »

Un sujet qui reste très pertinent

Permettre à différentes visions de s’exprimer, telle est évidemment une des fonctions principales du journalisme. Une fonction qui, logiquement, est étroitement liée à la liberté de la presse, mais qui, selon Ike Picone, se trouve aujourd’hui sous forte pression. « Cette journée UNESCO a beau en être à son trentième anniversaire, la situation ne cesse en fait de devenir de plus en plus urgente. Tandis que certains niveaux de pouvoir dressent des obstacles, il règne aussi dans la société une certaine rudesse autour de la pratique journalistique. » L’UNESCO est l’organisation mondiale des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture.

« Le World Press Freedom Index de Reporters sans frontières prouve que bon nombre de journalistes sont confrontés à des menaces, certains perdant même la vie pendant l’exercice de leur métier. Généralement, on associe plutôt cela à des régimes plus autoritaires, mais au sein des démocraties occidentales aussi, la liberté journalistique est malmenée. »

Ike Picone renvoie aux événements en Turquie, en Pologne et dans la Hongrie de Victor Orbán, mais indique que des signaux d’alarme résonnent aussi plus près de chez nous. « Aux Pays-Bas, des journalistes ont été attaqués lors d’une interview et les camionnettes de la chaîne publique ont dû être anonymisées par mesure de précaution. Sans parler des discours de haine en ligne envers les journalistes femmes. »

Un large spectre global

Les visiteurs de la neuvième édition de Difference Day peuvent compter sur un large spectre d’attention. Le contexte national et européen sera bien sûr abordé, avec, entre autres, une attention particulière pour la Loi européenne sur la liberté des médias, mais les organisateurs feront tout sauf se limiter à une vision occidentale. « Nous donnerons la parole à des journalistes obligés de travailler sous pression ou qui ont fui leur pays et s’efforcent de reprendre le fil ici et de rester actif sur le plan journalistique. »

« En outre, nous entrerons en dialogue avec des journalistes qui tentent de mettre en lumière les points de vue de gens opprimés », poursuit Picone. « Ainsi, nous discuterons avec des journalistes qui se sont donnés pour mission de faire entendre la voix des réfugiés dans les conversations médiatiques. Par ailleurs, nous examinerons par exemple aussi ce qui se passe en Inde, où le gouvernement élu démocratiquement réfléchit à des lois visant à restreindre la liberté d’expression sur les médias sociaux. »

Le riche éventail de thèmes et de présentations sera réparti en quatre actes, avec en ouverture un Speakers’ Corner, de 12 h à 14 h. « C’est notre avant-programme, où nous offrons la possibilité aux étudiants et sympathisants de monter sur scène et de partager leur point de vue sur la Journée mondiale de la liberté de la presse. » À 17h30, après deux autres séances avec les lauréats du Difference Day Honorary Title, une réception clôturera l’événement.

Programme provisoire et infos supplémentaires ICI.

Les journalistes, essentiels pour la démocratie

Les responsables politiques, les étudiants et, bien évidemment, tous les professionnels des médias seront les bienvenus le 3 mai 2023 à Bozar. « Il est agréable et utile, une fois par an, de pouvoir distraire les gens des médias de leurs besognes quotidiennes et de les amener à tourner le regard vers des exemples concrets et mémorables de journalistes qui ne peuvent pas exercer leur métier correctement », explique Ike Picone.

« Nous sommes convaincus que les professionnels des médias sortiront de la salle animés d’une confiance renouvelée en l’importance capitale de la liberté de la presse. Les témoignages les convaincront à nouveau de la valeur de leur travail, justement parce que ces journalistes sont eux-mêmes tellement conscient du rôle essentiel qu’il leur est donné de jouer dans une démocratie. »

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