Par les temps qui courent, nous sommes submergés de nouveaux mots de jargon, souvent liés à la technologie. Mais que signifient-ils au juste ? Et que pouvez-vous en faire ? Magazine Media est heureux de vous servir de guide en donnant la parole à des experts en la matière. Raf Njotea, un scénariste et créateur média qui se mêle à la discussion sur la diversité, se penche plus en avant sur la diversité médiatique.
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Comment définissez-vous la diversité médiatique ?
Le terme ‘diversité médiatique’ peut faire référence à deux éléments distincts. Le premier – pour lequel nous opérons le plus grand zoom arrière – évoque le fait de veiller à ce qu’il y ait suffisamment de distinction dans les types de média dans le paysage. À ce qu’il n’y ait pas de concentration média trop prononcée. Ce n’est en effet pas sain pour les médias mêmes, ni pour la démocratie.
La diversité médiatique dont on entend parler davantage est la diversité en termes de types de récits et de gens à qui l’on donne la parole. Le fait de démontrer qu’il existe différents groupes dans notre société et que chacun mérite sa place, et de veiller à créer une image représentative de notre société. Le ménage classique d’un homme, d’une femme et de deux enfants perdure toujours, mais il existe tant d’autres formes en sus. La diversité médiatique va à l’encontre des clichés.
Chaque marque média a évidemment sa propre cible ou niche, mais la diversité est également possible au sein de celles-ci. Pensez à l’âge, l’orientation sexuelle, la classe sociale, le genre, … Flair s’adresse à un certain type de lectrice, mais transcende une catégorie d’âge ou une orientation sexuelle.
Il est très important de donner de la visibilité à cette diversité : de littéralement la montrer, dans des récits, dans des photos. Cependant, quiconque cherche à la rendre plus vraie et authentique, veille aussi à introduire plus de diversité au sein du personnel. Vos collaborateurs vous conduisent automatiquement vers une réflexion plus diverse, disposent d’autres réseaux et feront appel à des gens différents pour avoir voix au chapitre… La diversité devient ainsi systématique.
Pourquoi est-ce une tendance ?
La diversité médiatique dans le premier sens du terme n’est pas si souvent présente dans les débats de société. C’est probablement parce que pour bon nombre de gens c’est quelque chose qui semble bien loin de leurs préoccupations. Ils n’en saisissent pas encore l’importance.
Ces dernières années, on note par contre une implication sociale plus large en matière de diversité au niveau des récits et des gens. Une dynamique socio-politique a été mise en marche et les structures de pouvoir historiques s’effritent.
Les parties autrefois marginalisées réclament leur place à la table des débats. Je pense alors aux personnes issues de l’immigration, ou encore aux moins valides. À l’heure où ils revendiquent leur place, cela crée des tensions, ce qui est logique. On voit naître des rapports sociaux différents.
Dans ce contexte, j’estime que les médias ont deux options : suivre ou mener. Soit ils s’engagent dans le débat et signalent par leurs récits qu’un changement s’annonce. Soit ils se constituent une position forte et créent le débat de leur propre chef. Cela demande évidemment de l’audace, justement à cause des tensions ambiantes et du fait que certains groupes verraient leur pouvoir diminuer.
À quoi les créateurs de magazine et les annonceurs doivent-ils faire attention lorsqu’il s’agit de ce thème ?
L’attitude de base minimale consiste à être conscient du problème sociétal de manque de diversité et du fait que l’on en souffre aussi. Pour y remédier, je conseille de constituer des effectifs aussi divers que possible. Qu’on n’arrive pas à trouver des gens venant d’horizons différents n’est plus un argument. Beaucoup de gens sont disposés à faire leurs preuves. Peut-être faudrait-il, toutefois, chercher un peu mieux et utiliser d’autres canaux pour les toucher…
Les marques et les médias ont tout avantage à être porteurs de cette diversité médiatique et à la respirer. Ils courent en effet le risque de passer à côté d’un groupe qui ne cesse de croître. De plus en plus de gens ne rentrent plus dans le moule traditionnel. Parce qu’ils sont issus de l’immigration, qu’ils ont une orientation différente, qu’ils sont plus jeunes ou plus âgés, …
Je constate par exemple que Netflix mise fortement sur la diversité médiatique. Je ne sais pas si c’est ancré dans leur ADN, mais s’ils continuent de la sorte ça en fera bientôt partie et les gens s’y reconnaissent. Netflix en tire un avantage sur d’autres médias. Ce qui n’est pas sans importance, compte tenu du fait que notre temps média n’est pas indéfini.

Raf Njotea, scénariste et créateur média
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