Le ton était bien vite donné lors du congrès de Presse & Médias au Futur 2025 : les éditeurs doivent gérer l’IA de manière réfléchie et les points de vente et leurs titres locaux restent cruciaux. Le tout avec la coopération comme leitmotiv : en interne, avec la communauté de lecteurs mais aussi avec les partenaires et les annonceurs.
Les 2 et 3 décembre s’est tenue à Paris la 19ième édition de Presse & Médias au Futur, un congrès incontournable pour tous les acteurs du secteur de la presse et des médias. Les salons La Presse & Médias au Futur et Creativ’Book ont collaboré pour la première fois en 2025 afin de ne former qu’un événement au programme riche dont les quelque 1 600 visiteurs ont pu profité. WE MEDIA était également présent. Nous sommes ravis de vous présenter les enseignements que nous en avons tirés.
1/ L’IA n’est pas un gros mot …
Il est impossible d’imaginer les éditeurs et les rédactions sans intelligence artificielle. En même temps, tout le monde s’accorde à dire que la technologie ne remplace pas les experts des médias, mais les assiste. Pour créer du contenu supplémentaire, mais surtout pour donner aux journalistes plus de temps pour les tâches typiquement humaines : aller sur le terrain, mener des interviews, développer un contenu unique, …
Certains considèrent l’IA comme un fitness du cerveau. Et cela peut être vu sous deux angles. D’une part, les outils titillent votre capacité d’analyse et vous offrent de nouvelles perspectives précieuses. D’autre part, ils exigent un esprit critique et un contrôle constants, l’humain étant toujours aux commandes. C’est précisément la raison pour laquelle il est impératif que les applications d’IA fonctionnent dans un cadre soigneusement défini et adhèrent aux mêmes codes déontologiques que les personnes qui sont amenées à travailler avec elles.
2/ … mais doit urgemment être réglementé
En France non plus, il n’existe pas (encore) de charte IA commune aux éditeurs. Pour l’instant, il s’agit d’initiatives isolées. Le Monde, par exemple, a sa propre charte, qui repose sur quatre piliers :
- Pas d’applications en création, seulement en post-production
- Contrôle humain
- Communication claire au public
- Pas de publication d’images artificielles
Au-delà de cette autorégulation, le secteur de la presse française reconnaît la nécessité – urgente – d’un cadre juridique. L’IA Act ne s’avère pas être suffisant. En particulier, la question des droits d’auteur et de l’intouchabilité des grands développeurs d’IA agite les esprits. Applaudissons l’initiative du Syndicat National des Editeurs (SNE) qui poursuit Meta pour vol de contenu.
Le standard d’opt-out pour les sites web – « Notre contenu ne doit pas être utilisé pour entraîner des modèles d’IA » – n’a pas apporté grand-chose et met en lumière une autre épine dans le pied des éditeurs : en effet, ceux qui optent pour l’opt-out ne seront techniquement plus indexés et donc introuvables sur Google…
Une autre préoccupation a été formulée lors du congrès : les petits médias indépendants ayant de moins en moins les reins solides pour s’armer contre les recherches orientées par l’IA, ils sont souvent obligés de rejoindre des grands groupes de presse et favorisent la concentration des médias.
3/ Local first, mais avec une approche intelligente
« Le journaliste doit respirer le même air que ses lecteurs. » Une citation qui résume bien la ligne éditoriale générale en France et qui souligne également l’importance de la presse locale. Les titres locaux sont sans aucun doute un maillon essentiel de l’information. Mais dans un monde de plus en plus numérisé, y a-t-il encore un modèle de revenu à y attacher ?
En France, plusieurs initiatives montrent comment une approche créative peut faire progresser la monétisation des médias locaux, si proches des citoyens :
- Un appel aux lecteurs pour soutenir l’indépendance du titre local par des dons. Les lecteurs rentrent dans le capital et s’impliquent donc encore plus.
- La Tribune de Lyon a décidé d’acheter un théâtre emblématique auquel les habitants de la ville sont particulièrement attachés. Le journal mise ainsi sur la proximité et l’implication locale et dispose désormais d’un lieu idéal pour organiser des débats et d’autres événements avec ses lecteurs.
4/ Le retail est crucial et doit être soutenu
La vente en kiosque est et reste une vitrine très importante pour la presse. Un débat d’experts lors du congrès a permis de constater que les ventes en kiosque sont souvent rentables (en France en tous les cas) – où non seulement les kiosques et les librairies, mais aussi les cafés, les bars-tabacs et les boulangeries proposent des magazines et des journaux. La popularité de ces canaux quotidiens est un atout pour les éditeurs, leur crédibilité éditoriale mais également pour les annonceurs.
Il est intéressant de noter que les points de vente se plaignent d’un manque de matériel promotionnel. Ils veulent faire la promotion de la presse, mais ont besoin des bons outils pour le faire. Il incombe aux éditeurs de les leur fournir et de créer une interaction durable avec les points de vente.
5/ La presse doit être vigilante à l’égard des blocklists
Contexto, l’étude menée par l’Alliance de la Presse confirme la complémentarité entre les contextes de contenu et la publicité, mais révèle en même temps un paradoxe dangereux : alors que les Français sont plus nombreux que jamais à consulter les sites web des médias (+6%) ET que le marché de la publicité numérique est en forte croissance (+12%), les investissements dans ces canaux affichent une courbe de tendance inverse (-5%).
Pourquoi ? Des mécanismes automatiques de brand safety (ou d’adéquation à la marque) trop stricts semblent considérer à tort jusqu’à 40 % du contenu éditorial comme un contexte risqué (blocklists), ce qui a pour conséquence qu’aucune publicité n’apparaît avec ce contenu. Là encore, un dialogue soutenu entre acteurs du secteur et une compréhension mutuelle semblent être la clé du succès.
6/ Quand il pleut à Paris…
Ces deux jours ont été une source d’inspiration – et parfois de confrontation – mais ils ont laissé un sentiment ambigu. En effet, bien que les défis en France soient très similaires à ceux de la Belgique, aucun compatriote n’était présent. Une occasion manquée car l’événement offre une opportunité unique d’apprendre, d’échanger des points de vue et de partager des expériences avec des collègues français.
La date exacte de la 20eédition de Presse & Médias au Futur n’est pas encore connue, mais il est fort probable que l’événement se déroulera à nouveau au début du mois de décembre de l’année prochaine. Guettez les communications de WE MEDIA qui vous tiendra au courant des dates et du programme.
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