Il est plus important que jamais de maintenir la confiance dans les médias

La confiance dans les médias d’information, dit le Reuters Institute, a augmenté pendant la crise du corona, après avoir été en baisse pendant des années. La hausse vaut pour la quasi-totalité des 46 pays ayant été étudiés dans son Digital News Report. Qu’est-ce qui l’a engendrée ? Et que doivent maintenant faire les médias ?

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Il n’y a qu’aux États-Unis que la confiance dans les médias est restée faible : 29 % des Américains affirme « avoir généralement confiance en la plupart des informations », le score de confiance le plus bas des 46 pays étudiés dans le cadre du Digital News Report 2021.

Les raisons de cette confiance décroissante du public dans les médias durant les années précédant 2020 sont légion, les médias peu fiables figurant eux-mêmes en bonne place dans la liste. Cependant, les attaques croissantes contre le presse émanant de pouvoirs publics aux quatre coins du monde n’aident assurément pas, les États-Unis sous Trump, la Russie de Poutine, la Turquie, la Hongrie et la Pologne en tête. Même au Royaume-Uni, vieille démocratie s’il en est, la BBC est constamment visée.

Rétablissement de la confiance

L’information peu fiable, plus visible que jamais, n’a jamais autant retenu l’attention. La recherche des causes du déclin de la confiance dans les médias globaux est dès lors devenue une occupation à plein temps ; de la prolifération de fake news politiquement motivés à la diffusion de fausses infos par des célébrités.

Ce qui est aussi devenu une occupation à plein temps, c’est de chercher comment restaurer la confiance, donnant lieu à d’innombrables discussions dans des cours journalistiques, des groupes de réflexion et des rédactions partout dans le monde. Les avis sont partagés quant à la solution au problème

Neutralité ou transparence ?

Pour les uns, tout tourne autour d’un retour aux faits. Selon le Digital News Report, 66 % des répondants souhaitent que leurs médias d’information restent neutres. 74 % estime que les reportages doivent mettre en exergue une série de points de vue, plutôt que de prendre position.

Pour les autres, il s’agit de transparence. Suite aux protestations de Black Lives Matter en 2020, un collaborateur de Bloomberg aurait lancé : « Les reporters sont censés être objectifs, mais nombreux sont ceux pour qui la distinction entre le bien et le mal semble désormais claire. »

Une minorité – 24 % – souhaite faire fi de la ‘façade de la neutralité’, mue par la conviction qu’il existe des sujets d’actualité par rapport auxquels « tenter d’être neutre n’a aucun sens ». L’information autour du COVID-19 et, dans une mesure croissante, de la crise climatique, en est un exemple parlant.

Demande d’action immédiate

Le rapport de l’INMA ‘How News Brands Are Rebuilding Trust’ suggère que les données recueillies au travers d’enquêtes publiques révèlent qu’il est possible de rétablir la confiance, mais qu’il faut agir sans tarder.

Comme le fait The Trust Project, en Belgique et ailleurs.

Il s’agit d’un consortium international d’organismes d’information qui développent des normes de transparence. Elles collaborent aussi avec les plateformes technologiques pour renforcer l’engagement du journalisme en matière de transparence, d’exactitude, d’inclusion et d’intégrité.

Au cœur du travail du projet Trust se trouvent huit indicateurs de confiance qui aident à déterminer le degré de fiabilité d’un récit. La fondatrice, Sally Lehrman, qui est aussi l’autrice du rapport de l’INMA, juge que la pandémie a eu pour effet de sensibiliser plus de gens à la valeur d’une information exacte et à leur propre rôle dans sa sélection. C’est là-dessus que doivent maintenant rebondir les médias d’information.

Un bon journalisme est élémentaire pour la démocratie (et  les revenus)

Sur ce site, nous nous sommes déjà penchés sur l’importance d’un journalisme éthique pour la survie de la démocratie. Avec la situation actuelle en Russie et en Ukraine, ce point est une nouvelle fois clairement mis en exergue.

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Pour les sociétés média, il est en outre important de savoir qu’il existe un lien direct entre la confiance et la génération de revenus, aujourd’hui et surtout dans un avenir proche, quand les natifs numériques constitueront la première cible d’information. C’est ce qui ressort aussi d’une étude de la Knight Foundation sur l’influence de l’âge sur la façon dont les Américains perçoivent les médias. Il s’avère que les lecteurs plus âgés sont plus fidèles à la marque, tandis que les plus jeunes sont davantage intéressés par l’exactitude et la transparence.

Les médias doivent prouver leur fiabilité

Là où 68 % des répondants de 18 à 35 ans estiment que les médias d’information ont « une importance cruciale » pour la démocratie, 32 % seulement est d’accord pour dire que la marque d’un organisme d’information est très importante. Il s’ensuit que, si on a des doutes au sujet de faits dans un article ou reportage, on se tournera plutôt vers d’autres sources ou vers des sites de vérification de faits indépendants.

Le rapport résume parfaitement les perspectives pour les fournisseurs d’information de demain : « Les jeunes réagissent aux changements dans le paysage média en s’évertuant d’être des consommateurs d’information plus critiques. » S’ils veulent se connecter aux cibles de demain, les éditeurs devront dont prouver leur fiabilité de façon incontestable.

Source : WNiP, Media Moments