« Chaque tendance présente avant la crise s’accélérera désormais pour devenir la norme », a dit Juan Señor à l’occasion de la présentation du nouveau ‘Innovation in Media Report’ lors de DIS 2021 (lire plus ici). Cette année, le rendez-vous annuel avec les deux auteurs de cet ouvrage de référence a bien sûr eu lieu en virtuel. Voici un bref résumé des points forts et l’accès à la vidéo webinar et la présentation.
Lisez aussi notre interview avec John Wilpers
Cinq grands changements
Comme de coutume, la nouvelle édition d’Innovation in Media propose un bref aperçu des nouvelles tendances dans le monde des médias. Elle accorde évidemment beaucoup d’attention aux changements causés par la pandémie. Pensez à l’impact environnemental, au direct-to-consumer (D2C), aux stratégies de rétention, à comment se présente un bon bureau externe et, en outre, aux moyens techniques pour entrer en contact avec les collègues en cette ère post-corona et à des conseils pour réduire le stress. Une attention particulière a de plus été portée à d’autres thèmes actuels, tels que l’égalité des genres et la diversité.
Wilpers et Señor ont identifié une série de domaines dans lesquels ils s’attendent à ce qu’un changement durable intervienne.
Conditions de travail hybrides
Le premier est le glissent de la semaine de travail de 40 heures vers un modèle de bureau flexible, les collaborateurs travaillant souvent 100 % du temps à domicile.
Même si ce changement présente de nombreux avantages, la productivité des travailleurs à domicile a diminué de 40 %, dixit le rapport. Celui-ci conseille dès lors aux éditeurs de ne pas se hâter pour fermer leurs bureaux complètement.
« Le bureau ne disparaît pas », a dit Señor. « Certains types de journalismes ne peuvent tout simplement pas être pratiqués de chez soi. Rencontrer ses sources, se rendre à des événements, camper devant chez des politiciens ; c’est ainsi qu’on crée un journalisme qui vaut que l’on paye pour lui. » Un modèle hybride semble dès lors le plus probable et souhaitable.
Le digital domine
La migration des lecteurs du print vers le numérique est complète, irréversible et universelle. De grandes opportunités se présentent au niveau des abonnements et des affiliations.
Ne tirez toutefois pas trop vite des conclusions, disent les auteurs du rapport. « Certains éditeurs se dépêchent de mettre un terme à leurs activités en print, mais nous le déconseillons. Sans doute est-ce une meilleure stratégie de modifier la fréquence – par exemple, de passer d’un hebdomadaire à un mensuel. Ne passez au digital que si vos revenus sont d’abord devenus digitaux. Sinon, cela n’a pas de sens », peut-on entendre. Ceci fait écho à ce qu’avait dit Señor à l’occasion de MAGnify, il y a quelques années de cela (lire plus).
Les médias sociaux montrent leur vrai visage
Pendant la pandémie, beaucoup de gens ont pris le plis de visiter des sites d’information chaque jour. C’est une excellente nouvelle pour les sources d’information fiables confrontés aux médias sociaux, qui regorgent de désinformation.
Señor et Wilpers indiquent que la pandémie a marqué un tournant dans notre relation avec la grande technologie. L’impasse récente entre le gouvernement australien et Facebook en est l’exemple par excellence. Il est grand temps de proclamer un « social media independence day », dixit les auteurs.
Pour beaucoup d’éditeurs, les investissements dans le public des médias sociaux ont donné peu de résultats. « Le ‘social media distancing’ (la prise de distance par rapport aux médias sociaux) est crucial pour qui veut reforger une relation directe avec le public », dit Señor avec un clin d’œil vers d’autres modes de distanciation.
Maintenant que les revenus publicitaires refluent vers l’information de qualité, c’est la fin de l’information gratuite pour Facebook et Google. Señor se réfère à une étude dans laquelle il a été calculé que les plateformes technologiques devraient partager au moins 8,8 % de leurs revenus avec les éditeurs en guise d’indemnisation pour leur contenu.
Le moment(um) Netflix
Nous en avons déjà souvent parlé dans ces colonnes : la disposition à payer pour des contenus de qualité augmente partout dans le monde (lire plus : https://wemedia.be/magazinemedia/fr/payer-pour-du-contenu-en-ligne-semble-etre-la-nouvelle-normalite/ ). Cela est intimement lié à l’omniprésence de services comme Netflix et Spotify. Les auteurs relèvent partout dans le monde plus d’appréciation pour une information de qualité et des environnements média sans publicité.
Aux quatre coins du monde, il est question d’une croissance record des abonnements numériques. Tant les magazines consommateurs que les médias d’information procèdent à sa monétisation par le biais d’affiliations, de clubs et de bonus pour les fidèles lecteurs. « C’est absolument le bon moment pour lancer un datawall ou un paywall », dixit Señor. Il recommande d’investir dans un journalisme de qualité et la vérification des faits, afin de profiter du momentum.
« Regardez autour de vous : les enseignes média digitales dépendantes de la publicité sont toutes entrain de consolider ou de s’effondrer. Ce modèle n’est presque certainement pas durable, sauf si vous êtes le leader dans votre marché. Notre rôle en tant que vérificateurs de faits est la nouvelle valeur ajoutée pour notre journalisme et les gens vont payer pour vérifier les fake news. »
Qui sont vos baleines ?
Wilpers met aussi en exergue l’essor du D2C : direct to consumers. Aujourd’hui, les éditeurs optent plus souvent pour un modèle dit ‘reader-first’ : le flux financier qui coule directement du consommateur à l’éditeur.
Dans ce cadre, le conseil à l’adresse d’un éditeur est de se concentrer sur ses ‘baleines’ : les 10 à 15 % les plus fidèles de son public, ceux qui utilisent probablement fièrement le sac arborant le logo de la marque. Ceux-ci font de la publicité de bouche à oreille, se comportent de façon plus prévisible et sont moins sensibles au prix.
Enfin, Señor en Wilpers prédisent qu’il n’y aura plus d’événements sans composante numérique. Le domaine des événements virtuels laisse beaucoup de latitude à l’innovation et cette année les gens en ont vraiment saisi les avantages. Le rapport contient des tuyaux pour réussir des événements virtuels ou hybrides.
Source : FIPP