{"id":29465,"date":"2020-05-05T12:54:55","date_gmt":"2020-05-05T10:54:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.magazinemedia.be\/?p=29465"},"modified":"2020-05-07T16:22:13","modified_gmt":"2020-05-07T14:22:13","slug":"pourquoi-une-pandemie-revele-aussi-une-crise-linguistique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wemedia.be\/magazinemedia\/fr\/nieuws\/pourquoi-une-pandemie-revele-aussi-une-crise-linguistique\/","title":{"rendered":"La chronique de Jorrit : Pourquoi une pand\u00e9mie r\u00e9v\u00e8le aussi une crise linguistique"},"content":{"rendered":"
Jorrit Hermans, strat\u00e8ge linguistique chez Matilda Consulting, a r\u00e9dig\u00e9 une chronique sur la communication ces jours-ci. Pourtant, nous ne commen\u00e7ons pas cette intro par \u2018En ces temps de corona\u2026\u2019. Il vous en explique lui-m\u00eame la raison.<\/em><\/p>\n Partout, on voit des gens en d\u00e9coudre. Avec le temps, la sant\u00e9, l\u2019argent, l\u2019apprentissage prop\u00e9deutique, le t\u00e9l\u00e9travail et la pilosit\u00e9 incontr\u00f4l\u00e9e. Dans le journal, on lit chaque jour que c\u2019est la crise. Ma grand-m\u00e8re n\u2019est pas du m\u00eame avis. Pour elle, \u2018crise\u2019 est un mot que l\u2019on ne sort qu\u2019en combinaison avec \u2018Boches\u2019 et \u2018tanks\u2019. Et encore. Tout est relatif. Peut-\u00eatre sommes-nous tout simplement \u00e0 la d\u00e9rive\u00a0?<\/p>\n Pour ma n\u00e9vrose linguistique et moi, les temps sont passionnants. J\u2019observe comment communiquent les marques, les entreprises, les politiciens, les scientifiques, les m\u00e9dias et les citoyens et quels mots ils utilisent pour le faire<\/strong>. Ce qui me frappe par exemple beaucoup, c\u2019est l\u2019optimisme de progr\u00e8s des gourous de la technologie num\u00e9rique. Ceux-ci tr\u00e9buchent les uns sur les (webinars des) autres pour annoncer qu\u2019il faudrait d\u00e9j\u00e0 que \u00e7a aille tr\u00e8s mal pour que demain, apr\u00e8s quelques semaines d\u2019appels vid\u00e9o, le monde ne soit pas to-ta-le-ment diff\u00e9rent.<\/p>\n Ce que moi je vois\u00a0: 60 millions d\u2019ann\u00e9es d\u2019\u00e9volution de l\u2019homo sapiens, avec comme r\u00e9sultat provisoire un \u00eatre impuissant et irrationnel en qu\u00eate de papier toilette. Se pourrait-il que l\u2019on distingue plus de d\u00e9sir que de sagesse dans leur langage\u00a0?<\/p>\n Ce qui vient aussi \u00e0 la surface via le vocabulaire utilis\u00e9\u00a0: un manque de vision, de capacit\u00e9 d\u2019action et de leadership chez nos chefs de gouvernement<\/strong>. De leurs bouches fourmillent de vagues platitudes comme \u2018le t\u00e9l\u00e9travail reste la norme\u2019, \u2018les masques buccaux sont \u00e0 conseiller\u2019 et \u2018maintenez un maximum de distance\u2019. S\u2019entendre dire cela revient \u00e0 se faire dire\u00a0: \u00ab\u00a0Regardez, chers concitoyens, ceci est donc un feu signal\u00e9tique.<\/p>\n Parfois, il vire au rouge. Dans ce cas, nous vous sugg\u00e9rons volontiers d\u2019\u00e9ventuellement vous arr\u00eater si cela vous convient un tant soit peu.\u00a0\u00bb Personne ne prendra au s\u00e9rieux ce que vous dites si vous ne le formulez pas de fa\u00e7on concluante. Les comportements naissent de la langue si celle-ci est claire et limpide. Au rouge, on s\u2019arr\u00eate.<\/p>\n Les m\u00e9dias d\u2019information souffrent aussi d\u2019une carence linguistique<\/strong>. On jurerait qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion d\u2019une r\u00e9union par \u00e9cran interpos\u00e9 ils se sont tous mis d\u2019accord pour utiliser le m\u00eame mod\u00e8le narratif, \u00e0 la virgule pr\u00e8s. Avez-vous aussi d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9 que chaque journal TV comme par ces mots\u00a0: \u2018En ces temps de corona\u2026\u2019, agr\u00e9ment\u00e9s ensuite de quelques faits pour conclure que ce sont tout de m\u00eame \u2018des temps in\u00e9dits qui exigent des mesures in\u00e9dites\u00a0\u2018\u00a0?<\/p>\n Eh bien, moi je consid\u00e8re que chaque \u00e9poque est in\u00e9dite et que l\u2019originalit\u00e9 d\u2019un \u00e9v\u00e9nement n\u2019est pas une raison pour aider \u00e0 justifier une politique d\u2019improvisation. Ou encore, pour ne pas se mettre \u00e0 la recherche d\u2019un synonyme convenable afin de lutter contre l\u2019\u00e9cholalie. Je vous en cite gratuitement une poign\u00e9e\u00a0: particulier, exceptionnel, extravagant, extraordinaire, singulier, aberrant, inconnu, incomparable, extr\u00eame, excessif, atypique, anormal. Elle n\u2019est pas riche, la langue\u00a0?<\/p>\n Et alors, il y encore ces entreprises qui croient qu\u2019aujourd\u2019hui elles doivent envelopper notre comportement de consommation d\u2019une couverture bien chaude. Le nombre de marques qui soudain l\u00e2chent leur narratif et leur strat\u00e9gie pour diffuser une histoire g\u00e9n\u00e9rique sur le coronavirus est invraisemblable<\/strong>. Elles d\u00e9bitent toutes la m\u00eame chose, les m\u00eames clich\u00e9s\u00a0: qu\u2019elles sont l\u00e0 pour nous en ces temps difficiles.<\/p>\n Je pr\u00e9f\u00e8re suivre les conseils du professeur en marketing australien Mark Ritson<\/a>, qui prouve qu\u2019aujourd\u2019hui plus que jamais, un annonceur doit conserver son mod\u00e8le narratif. Qu\u2019il faut miser sur la cr\u00e9ation d\u2019un cadre de r\u00e9flexion et d\u2019une capacit\u00e9 de distinction propres. Qu\u2019il faut offrir de la valeur ajout\u00e9e, plut\u00f4t que des radotages sentimentaux.<\/p>\n Cela ne r\u00e9ussira pas avec des images au ralenti de familles effectuant des appels vid\u00e9o, de rues d\u00e9sertes et de grand-m\u00e8res saluant de la main. Tous ces marketeurs ont-ils soudain oubli\u00e9 leur identit\u00e9 de marque\u00a0? Veulent-ils vraiment que le public tout entier associe leur marque \u00e0 un virus de chauvesouris\u00a0?<\/p>\n Ces marques auraient bel et bien quelque chose \u00e0 apprendre de la fa\u00e7on dont mes magazines favoris g\u00e8rent aujourd\u2019hui leur r\u00e9cit et l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019ils continuent \u00e0 m\u2019offrir durant cette crise. On reste cal\u00e9 sur son concept, sa narration, son mod\u00e8le narratif et on excelle dans ce qui distingue son produit du reste<\/strong>. Je d\u00e9vore ainsi le magazine auto am\u00e9ricain 000. Rien sur le COVID-19 dans leur planning de r\u00e9daction, mais bien un article divin sur les \u00e9triers de freins de la Porsche 924 GTS. Vraiment in\u00e9dit.<\/p>\n Je veux dire\u00a0: exceptionnel.<\/p>\n D’autres opinions sur notre site web :<\/em><\/p>\n Jorrit Hermans, strat\u00e8ge linguistique chez Matilda Consulting, a r\u00e9dig\u00e9 une chronique sur la communication ces jours-ci. Pourtant, nous ne commen\u00e7ons pas cette intro par \u2018En ces temps de corona\u2026\u2019. Il vous en explique lui-m\u00eame la raison. Partout, on voit des gens en d\u00e9coudre. Avec le temps, la sant\u00e9, l\u2019argent, l\u2019apprentissage…<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":29463,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[737],"tags":[1987,788,2567],"class_list":["post-29465","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cases-inspiration","tag-chronique","tag-jorrit-hermans","tag-matilda-consulting"],"acf":[],"yoast_head":"\n
<\/a>\u00a0Jorrit Hermans, Matilda Consulting<\/em><\/p>\n\n