{"id":29073,"date":"2020-03-25T16:54:33","date_gmt":"2020-03-25T15:54:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.magazinemedia.be\/?p=29073"},"modified":"2020-04-06T16:33:35","modified_gmt":"2020-04-06T14:33:35","slug":"la-chronique-de-danny-devriendt-panem-et-magazines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wemedia.be\/magazinemedia\/fr\/nieuws\/la-chronique-de-danny-devriendt-panem-et-magazines\/","title":{"rendered":"La chronique de Danny : Panem et Magazines"},"content":{"rendered":"

Danny Devriendt (Managing Director d\u2019IPG Dynamic) est de retour au pays. Comme plusieurs dizaines de milliers d\u2019autres Belges, il \u00e9tait bloqu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il est maintenant en quarantaine. Depuis son huis clos, il nous \u00e9crit ceci\u2026<\/em><\/p>\n

Me voil\u00e0 prisonnier. Entre des murs de b\u00e9ton. 24 pas de mon fauteuil-lit jusqu\u2019\u00e0 mon micro-ondes dans la cuisine. 16 pas du micro-ondes \u00e0 mon tr\u00f4ne de porcelaine. Quelque part en haut, il y a une douche de pluie. 17 marches \u00e0 monter. In\u00e9gales. \u00c7a a le don de m\u2019irriter.<\/p>\n

Dehors, il y a le jardin. Et juste au-del\u00e0, le chaos.<\/p>\n

Me voil\u00e0 prisonnier. Condamn\u00e9 par moi-m\u00eame. Je suis un danger pour la soci\u00e9t\u00e9. J\u2019ai travers\u00e9 quatre a\u00e9roports en trois jours. Des lieux de perdition o\u00f9 les gens, toussotant et suant, se bousculent et vous hal\u00e8tent \u00e0 l\u2019oreille. L\u2019agent de la TSA qui se l\u00e8che bri\u00e8vement le doigt avant d\u2019ouvrir mon passeport. L\u2019adolescente qui pantelle dans ma nuque apr\u00e8s avoir piqu\u00e9 un sprint pour atteindre la porte d\u2019embarquement. L\u2019h\u00f4tesse de l\u2019air qui garde les doigts juste \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de mon gobelet. Dans l\u2019avion, je pouvais flairer le virus. Le voir. Le sentir.<\/p>\n

Me condamner moi-m\u00eame, donc, avant d\u2019obtenir mon autorisation pour pouvoir rentrer chez moi. Le juge est s\u00e9v\u00e8re. 14 jours. 336 heures. Aucun droit \u00e0 une remise en libert\u00e9 provisoire.<\/p>\n

Panem et circenses<\/strong><\/h3>\n

Le po\u00e8te romain Juvenalis \u00e9crivait dans son Satire X <\/em>que pour obtenir les faveurs du peuple, il suffit d\u2019assouvir ses besoins les plus superficiels\u00a0: panem et circenses<\/em>. Le pain et les jeux du cirque. De quoi manger et se divertir. Deux-mille ans plus tard, c\u2019est toujours d\u2019application. En ces temps difficiles de COVID-19, \u00a0cela devient \u2018papier toilette et\u00a0 Internet<\/em>\u2019. Le papier toilette et les m\u00e9dias sociaux suffiront \u00e0 notre survie.<\/p>\n

Le nouveau cirque s\u2019appelle Facebook. Tik-Tok. Stories. On y voit des gens se fracasser le cr\u00e2ne pour 12 rouleaux de pr\u00e9cieux papier. Tout le monde est virologue. C\u2019est la faute des hommes-reptiles. Des socialistes (\u00e9videmment), des Illuminati, des Juifs. De l\u2019\u00e9glise. Des \u00e9trangers. Des ill\u00e9gaux. De ceux qui viennent de l\u00e0-bas. \u00a0Les bruns fonc\u00e9s, qui volent les tests \u00e0 l\u2019a\u00e9roport. Mais haha, ils meurent. Du virus. De pr\u00e9f\u00e9rence dans les camps avant de s\u2019enfuir. COVID-19 est un fl\u00e9au de Dieu. Nous sommes trop nombreux. Les gays ont le droit de se marier. Sodome et Gomorrhe. Une punition de Dieu. L\u2019islam. Tous ces virus sous ces voiles. Et ce sont les Am\u00e9ricains qui ont l\u2019ont fabriqu\u00e9. Dans un laboratoire. C\u2019est la faute \u00e0 Poutine. Et Maggie doit s\u2019en aller, dit Dries.<\/p>\n

Ma ligne du temps. Tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9 de 22 posts sur ma ligne du temps et, un peu plus bas, des commentaires. Le cirque version 2020. Sans filtre. Sans mise en contexte. Sans v\u00e9rification des faits. Car il y a libert\u00e9 d\u2019expression, monsieur. Dans un jeu de faits doublement check\u00e9s, les opinions n\u2019ont aucune importance.<\/p>\n

Temps de guerre<\/strong><\/h3>\n

C\u2019est la guerre, mon Internet me l\u2019a dit. La guerre contre le virus. Je presse ma tasse de caf\u00e9 fumant contre ma tempe. Rafra\u00eechissant. Je regarde \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Des enfants jouent dans la rue. Ensemble. Tandis que les parents bavardent. Ensemble. En temps de guerre, \u00e7\u2019aurait \u00e9t\u00e9 \u2018tous contre le mur\u00a0!\u2019. Une balle dans la t\u00eate. Haute trahison, monsieur. Mettre en p\u00e9ril des civils. Consciemment. La bataille du parking du Colruyt. Le si\u00e8ge du Delhaize. Le d\u00e9barquement dans le Lidl. Notre cerveau affol\u00e9, repu de m\u00e9dias sociaux, veut appeler cela une guerre. Je ne vois pas d\u2019orphelins qui n\u2019ont plus de larmes \u00e0 pleurer errer dans les d\u00e9combres des quartiers populaires ras\u00e9s, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 la recherche de leur maman. Je ne vois pas de mamans aux yeux vides, le regard mort, dans des camps de tentes de fortune, tenant des photos d\u2019enfants arrach\u00e9s par l\u2019ennemi. Pas de p\u00e8res aux doigts ensanglant\u00e9s qui demain tenteront de sauver ce qui peut l\u2019\u00eatre des d\u00e9combres d\u2019aujourd\u2019hui. Pas de tireurs embusqu\u00e9s. Pas de fils barbel\u00e9s. Pas de profil bas la face dans la boue dans les tranch\u00e9es autour de la place du march\u00e9.<\/p>\n

Pour vaincre cet ennemi, il suffit de siroter son Nespresso, cal\u00e9 dans son fauteuil, confortablement emmitoufl\u00e9 dans son onesie, et de binge-watcher Netflix. Mais m\u00eame \u00e7a, c\u2019est trop demand\u00e9 pour les vaillantes troupes de notre m\u00e8re patrie. Les conscrits estiment qu\u2019ils ont le droit d\u2019emmener le virus dans leur seconde r\u00e9sidence. Une connaissance qui s\u2019adonne au golf et au d\u00e9bat dit sur Facebook \u00ab\u00a0qu\u2019ils feraient bien de r\u00e9ouvrir au plus vite le club de golf. Pour la sant\u00e9 publique.\u00a0\u00bb D\u2019autres exigent la t\u00eate du virologue Van Ranst. Et celle de Maggie. \u00c7a aussi, c\u2019est \u00e9crit dans la Bible. Cherchez le bouc \u00e9missaire.<\/p>\n

Entre-temps, mon caf\u00e9 s\u2019est refroidi. Ceci n\u2019est pas une guerre. C\u2019est de la folie. Un manque de sens civique. Une absurdit\u00e9.<\/p>\n

Pornhub Premium est gratuit. Pour surmonter ces temps difficiles. Du coup, on sait \u00e0 quoi sert tout ce papier cul. Soupir.<\/p>\n

J\u2019ai une id\u00e9e. Si tous les beaux magazines de ce monde laissaient tomber leur paywall ne f\u00fbt-ce qu\u2019un bref instant\u2026 Remplissons nos canaux de m\u00e9dias sociaux de beaux articles, de d\u00e9licieuses compositions, d\u2019articles explicatifs, de jolies photos et de chroniques. Nous noyerons toutes ces idioties sous une lame de fond. Le brol et la haine, et la d\u00e9magogie dangereuse, le populisme facile\u00a0: aux \u00e9gouts\u00a0! Un Internet magazine, rien que pour une semaine.<\/p>\n

Panem et Magazines<\/em>. On en parlera encore dans deux-mille ans.<\/p>\n

\"Danny-Devriendt\"\u00a0Danny Devriendt, managing director IPG\/Dynamic<\/em><\/p>\n

Les autres fa\u00e7onneurs d’opinion de Magazine Media :<\/em><\/p>\n