Gonca Dönmez (Rossel) : la taxe reste une épine dans le pied

Gonca Dönmez

Quelles sont les tendances au sein des différents types de presse ? Les défis actuels ? Comment se présente l’avenir ? WE MEDIA tend l’oreille et a décidé de commencer par la Presse gratuite. Gonca Dönmez, Distribution Manager chez Rossel, est la porte-parole de service.

Quels sont actuellement les défis sur le marché de la presse gratuite ?
Une question prioritaire est la taxe sur la distribution de la presse non adressée. Il existe une circulaire qui définit clairement les catégories incluses. Les deux catégories pertinentes pour Rossel et bon nombre d’autres éditeurs actifs dans cette branche sont les imprimés publicitaires – dont les folders – et la presse régionale gratuite. Dans la circulaire, la taxe sur les imprimés publicitaires est basée sur le poids du folder ; pour la presse régionale gratuite, il y a une taxe uniforme sept fois moins importante. Et ce, parce que cette presse remplit un rôle social et que les éditeurs contribuent par exemple au recyclage de leurs déchets. Il y a toutefois un hic…
Le problème avec la circulaire, c’est qu’elle n’est pas contraignante. Chaque commune décide donc de manière autonome du montant de la taxe. Chez Vlan, nous comptons 26 éditions et desservons 200 communes francophones en Belgique. Heureusement, la plupart de ces communes appliquent le pourcentage recommandé dans la circulaire, mais certaines augmentent la taxe. Nous constatons hélas aussi que de plus en plus de municipalités n’appliquent qu’un seul taux d’imposition tant pour la presse gratuite que pour les imprimés publicitaires. Comme vous l’aurez deviné, il s’agit d’un taux supérieur à celui recommandé dans la circulaire pour la presse régionale gratuite.

Pourquoi procède-t-on de la sorte ?
Parce que les communes perdent beaucoup d’argent. La circulaire n’est pas contraignante et certaines entreprises, comme Médiapub, veillent de plus en plus souvent à ce que leurs dépliants publicitaires ressemblent à de la presse gratuite. Il s’agit toutefois bel et bien toujours de dépliants publicitaires. Les moyens supplémentaires distillés de la distribution de la presse gratuite par les communes sont marginaux comparés aux sous qui viennent renflouer les caisses communales grâce à la distribution de dépliants publicitaires. Par conséquent, les communes optent parfois pour une taxe unique pour les deux catégories. La taxe est donc devenue plus avantageuse pour les sociétés actives dans la distribution de dépliants publicitaires dans les communes, mais sept à dix fois plus chère pour la presse régionale gratuite.

Est-ce un défi pour chaque éditeur de presse gratuite ?
Oui, du moins pour ce qui concerne la distribution non adressée. Heureusement, WE MEDIA nous aide à effectuer notre travail de lobbying auprès des communes. Un grand projet est en cours pour dispenser la presse régionale gratuite de ce type de taxe. Nous mettons en exergue notre rôle social, en plus de l’emploi que nous fournissons. Notre unique source de revenu est la publicité. Cette taxe contrecarre notre modèle d’affaires et constitue une menace pour l’emploi dans cette branche.

Quelles autres tendances se profilent dans la presse gratuite ?
À l’image d’autres secteurs, les acteurs de la presse gratuite sont également confrontés à une augmentation des coûts. Nous nous efforçons de compenser ces coûts croissants en augmentant les recettes publicitaires. Nous constatons toutefois que la foi des annonceurs dans le papier diminue. Dans notre secteur, le numérique n’est pas encore vraiment arrivé à maturité, mais les initiatives digitales sont tout de même toujours plus nombreuses, parfois même à un niveau très local.

La presse gratuite est-elle en bonne santé ?
On ne peut nier que la situation est difficile. Nous ne sommes pas en mesure d’aller chercher beaucoup de revenus ailleurs qu’en publicité. Le nombre de titres s’est aussi réduit par rapport à il y a quelques années. Nous essayons autant que possible d’économiser et d’optimiser notre fonctionnement opérationnel, mais, peu à peu, nous en sommes arrivés à un point où nous ne pouvons plus procéder de la sorte sans nuire au produit ou à la marque.

Est-ce qu’unir ses forces avec d’autres éditeurs pourrait remédier à la situation ?
Oui, car nous pourrions alors peser plus lourd dans la balance. Le fait d’adopter des points de vue communs et d’argumenter collectivement pourrait avoir plus d’effet face à des défis comme celui des taxes communales. Plus de lobbying serait vraiment une bonne chose.

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