{"id":10449,"date":"2023-03-17T16:08:29","date_gmt":"2023-03-17T15:08:29","guid":{"rendered":"https:\/\/wemedia.be\/?p=10449"},"modified":"2023-07-28T16:10:37","modified_gmt":"2023-07-28T14:10:37","slug":"les-entreprises-media-continueront-a-greffer-leurs-modeles-daffaires-sur-le-journalisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wemedia.be\/fr\/nieuws\/les-entreprises-media-continueront-a-greffer-leurs-modeles-daffaires-sur-le-journalisme\/","title":{"rendered":"\u00ab Les entreprises m\u00e9dia continueront \u00e0 greffer leurs mod\u00e8les d\u2019affaires sur le journalisme \u00bb"},"content":{"rendered":"\n
Lors du s\u00e9minaire marquant ses 15 ans, MediaSpecs a invit\u00e9 Niels Famaey (Roularta), Pieter Knapen (Raad voor de Journalistiek) et Bart Pattyn (KU Leuven) \u00e0 d\u00e9battre, entre autres, sur les fake news, les nouveaux modes de journalisme et un engament partag\u00e9 en tant que soci\u00e9t\u00e9. Un compte-rendu qui s\u2019articule autour de cinq questions.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n Niels Famaey, Publisher News<\/em> &<\/em> Business chez Roularta Media Group, Pieter Knapen, Secr\u00e9taire-g\u00e9n\u00e9ral et m\u00e9diateur du<\/em> Raad voor de Journalistiek, et Bart Pattyn, philosophe moral \u00e0 la KU Leuven. Voil\u00e0 les trois participants au d\u00e9bat sur les fake news, anim\u00e9 par Eveline de Ridder (Whyte). Couvrir le d\u00e9bat tout entier nous m\u00e8nerait un peu loin, d\u2019o\u00f9 un r\u00e9sum\u00e9 bas\u00e9 sur le cinq questions cruciales soulev\u00e9es durant la discussion.<\/p>\n\n\n\n Dans quelle mesure les fake news sont-elles nuisibles pour la soci\u00e9t\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n Bart Pattyn :<\/strong> On associe souvent les fake news \u00e0 des sites obscurs d\u2019o\u00f9 l\u2019on bombarde le monde de th\u00e9ories du complot et autres informations malveillantes. En Europe, leur effet s\u2019av\u00e8re peu important, tout comme il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 scientifiquement que ces \u2018chambres d\u2019\u00e9cho\u2019 ne sont pas tr\u00e8s nuisibles. Beaucoup de ces fake news sont en fait facilit\u00e9es par des r\u00e9cits sensationnels et autres articles pi\u00e8ges \u00e0 clics paraissant dans les m\u00e9dias traditionnels. Ce qui est vrai, c\u2019est qu\u2019une partie des gens frustr\u00e9s se sert de ces informations conspirationnistes pour se r\u00e9volter. On pense qu\u2019on peut contrer cela avec du fact-checking, mais en fait cela n\u2019aide gu\u00e8re, justement parce que les raisons qui poussent \u00e0 embrasser ces fausses informations sont \u00e9motionnelles.<\/p>\n\n\n\n Niels Famaey :<\/strong> Les fake news constituent un probl\u00e8me organis\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, allant bien au-del\u00e0 de ces seuls sites Web obscurs. On peut aussi tout simplement les acheter, par exemple pour pr\u00e9senter son organisation sous un autre jour ou positionner diff\u00e9remment certaines id\u00e9es ou mouvances politiques. On peut les trouver dans des forums de niche, sur les m\u00e9dias sociaux, et elles peuvent m\u00eame \u00eatre diss\u00e9min\u00e9es par les canaux de m\u00e9dias sociaux des m\u00e9dias traditionnels. Chez Roularta, cela fait dix ans que nous nous focalisons sur une rubrique de v\u00e9rification des faits. Depuis 2020, nous le faisons \u00e9galement en ligne. Cela a bel et bien un effet. Aujourd\u2019hui, l\u2019approche consiste surtout \u00e0 \u2018vacciner\u2019 les gens qui pourraient entrer en contact avec ces fake news, plut\u00f4t que de ramener \u00e0 la raison ceux qui les diffusent.<\/p>\n\n\n\n Le citoyen per\u00e7oit-il encore les m\u00e9dias traditionnels comme \u00e9tant cr\u00e9dibles ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n Niels Famaey : Dans le cadre du projet D\u00e9sinformation, l\u2019autorit\u00e9 flamande a publi\u00e9 qu\u2019un Flamand sur deux se m\u00e9fie des m\u00e9dias traditionnels. La moiti\u00e9 des Flamands auraient aussi d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 des fake news dans ces m\u00e9dias. Nous devons aussi examiner de pr\u00e8s comment les jeunes se servent des m\u00e9dias. Aux \u00c9tats-Unis, une personne sur trois ayant moins de 28 ans obtient son information via TikTok. En Europe, il s\u2019agit d\u2019un quart des jeunes. Si l\u2019on prend en compte tous les m\u00e9dias sociaux, ce chiffre grimpe \u00e0 pr\u00e8s d\u2019un jeune sur deux. Les m\u00e9dias sociaux n\u2019offrent actuellement pas de mod\u00e8le de revenus pour Roularta, mais nous devrons tout de m\u00eame trouver r\u00e9ponse \u00e0 cela, notamment en imaginant de nouveaux mod\u00e8les d\u2019affaires au sein du journalisme. Ensuite, nous devons \u00eatre un port dans la temp\u00eate pour nos lecteurs. Dans ce contexte, la lassitude \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019information est un aspect majeur auquel nous devons nous attaquer. G\u00e9rer cela en tant qu\u2019entreprise m\u00e9dia constitue un joli d\u00e9fi.<\/p>\n\n\n\n Pieter Knapen :<\/strong> L\u2019ind\u00e9pendance est trop souvent confondue avec l\u2019impartialit\u00e9. Nous devons attendre des journalistes qu\u2019ils couvrent l\u2019actualit\u00e9 de mani\u00e8re v\u00e9ridique. Mais un journaliste est \u00e9videmment en droit d\u2019avoir sa propre opinion et de l\u2019exprimer, tant qu\u2019il occupe une position ind\u00e9pendante. Il doit s\u2019agir d\u2019une conviction qu\u2019il s\u2019est forg\u00e9e, le journaliste ne pouvant \u00eatre le porte-parole de son patron, des annonceurs, de politiciens, d\u2019entra\u00eeneurs de foot, de juges, etc. J\u2019ose d\u2019ailleurs me demander si cette cr\u00e9dibilit\u00e9 de l\u2019information se d\u00e9grade tellement. En temps de crise grave, on observe un pic dans les chiffres de visionnage et de lecture des m\u00e9dias \u00e9tablis. En outre, je crois que la transparence est en plein essor. \u2018Transparency is the new objectivity.\u2019 Il s\u2019agit de la fa\u00e7on dont on travaille en tant que journaliste, des modes de financement, de qui sont ses sources quand on peut les divulguer.<\/p>\n\n\n\n Bart Pattyn :<\/strong> Je ne suis pas tellement s\u00fbr que les journalistes fassent toujours du bon travail. Je dois souvent penser \u00e0 ce qu\u2019a dit un jour No\u00ebl Devisch, l\u2019ancien pr\u00e9sident du Boerenbond : \u00ab Je trouve ces journaux vraiment bien faits et ces articles de presse quotidienne int\u00e9ressants, sauf lorsqu\u2019il s\u2019agit de choses que je connais un tant soit peu. \u00bb Je lis souvent des articles qui ne sont qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9 corrects, qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9chafaud\u00e9s \u00e0 la va-vite ou qui ne sont pas bien formul\u00e9s. C\u2019est aussi li\u00e9 \u00e0 la pression du temps et au fait que l\u2019on cherche \u00e0 marquer le coup. Ce sont tout de m\u00eame des choses que les \u00e9diteurs doivent mieux surveiller. Pieter Knapen :<\/strong> J\u2019ai entendu un jour l\u2019expression \u2018branded journalism\u2019. C\u2019est vraiment une contradiction dans les termes. Quand on \u00e9crit sur commande pour des marques, on ne fait plus de journalisme. Il faut que l\u2019on continue \u00e0 identifier ce type de contenu comme de la publicit\u00e9 native.<\/p>\n\n\n\n Quel r\u00f4le l\u2019I.A. jouera-t-elle dans les r\u00e9dactions ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n Pieter Knapen :<\/strong> Pour le moment, son r\u00f4le est toujours extr\u00eamement limit\u00e9, mais tout le monde s\u2019attend \u00e0 une ascension rapide. Il y a deux ans de cela, nous avons commenc\u00e9, au sein du Raad voor de Journalistiek, \u00e0 \u00e9tablir une directive sur l\u2019I.A. dans le journalisme. Elle comprend deux \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s : la responsabilit\u00e9 pour ce que l\u2019on publie, qui reste toujours l\u2019apanage de la r\u00e9daction, et la transparence autour du fait qu\u2019un article a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par l\u2019I.A.. Avant de pouvoir nous mettre \u00e0 l\u2019\u0153uvre avec l\u2019I.A., il y a deux grands d\u00e9fis. Tout d\u2019abord, il faut savoir comment fonctionne le syst\u00e8me d\u2019I.A.. En outre, la base de donn\u00e9es coupl\u00e9e au syst\u00e8me d\u2019I.A. doit \u00eatre suffisamment diverse. Il y a r\u00e9cemment eu un test avec un syst\u00e8me d\u2019I.A. pouvant g\u00e9n\u00e9rer des dessins. Il a \u00e9t\u00e9 demand\u00e9 de dessiner un m\u00e9decin. Il s\u2019est av\u00e9r\u00e9 que dans 99 % des dessins g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par le syst\u00e8me, il s\u2019agissait d\u2019un homme blanc\u2026 Bart Pattyn :<\/strong> Suite aux progr\u00e8s rapides au sein de l\u2019I.A., la v\u00e9racit\u00e9 des articles de presse n\u2019a jamais fait l\u2019objet d\u2019autant d\u2019attention. La citation de sources est d\u2019ailleurs une question de temps. Cela ne saurait tarder. Pieter Knapen :<\/strong> Je vois l\u2019avenir d\u2019un \u0153il positif. Il y a dans les r\u00e9dactions plus d\u2019attention pour l\u2019\u00e9thique et la d\u00e9ontologie qu\u2019il n\u2019y en avait avant. Si vous ne continuez pas \u00e0 investir dans une information ind\u00e9pendante cr\u00e9dible et v\u00e9ridique et si la distinction entre fake news et journalisme, ou entre publicit\u00e9 et journalisme, s\u2019estompe, pourquoi les gens ach\u00e8teraient-ils ou liraient-ils alors encore des produits journalistiques ? C\u2019est pourquoi je pense que les entreprises m\u00e9dia continueront \u00e0 greffer leurs mod\u00e8les d\u2019affaires sur ce journalisme.<\/p>\n\n\n\n Bart Pattyn :<\/strong> Moi, je suis plus pessimiste. Il y aura bient\u00f4t des \u00e9lections et je pense qu\u2019en Flandre celles-ci n\u2019iront pas de le bon sens. En outre, une conversion \u00e9nerg\u00e9tique difficile s\u2019annonce et il y a la question migratoire. Je ne vois pas de soutien public suffisant pour relever ces d\u00e9fis de mani\u00e8re raisonnable. \u00c7a n\u2019est assur\u00e9ment pas uniquement la faute des m\u00e9dias. C\u2019est aussi li\u00e9 au fait que les gens ne se sentent pas bien dans la soci\u00e9t\u00e9 et qu\u2019ils n\u2019ont pas le sentiment, d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, d\u2019\u00eatre importants. Il faudra donc aussi plancher sur d\u2019autres strat\u00e9gies.<\/p>\n\n\n\n Niels Famaey :<\/strong> Nous devons continuer \u00e0 investir dans la cr\u00e9dibilit\u00e9 de l\u2019information. Il faut \u00e9voluer vers des mod\u00e8les pour lesquels les gens sont pr\u00eats \u00e0 payer. \u00c7a me pr\u00e9occupe, \u00e9tant donn\u00e9 que la grande majorit\u00e9 des gens, les jeunes d\u2019abord, ne veulent pas payer pour l\u2019information\u2026<\/p>\n\n\n\n Et ensuite ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n Le journalisme traditionnel est confront\u00e9 \u00e0 des d\u00e9fis pressants en 2023 : fake news, clickbait, essor du journalisme robotis\u00e9 (pour en savoir plus : Le journalisme robotis\u00e9 dans les salles de r\u00e9daction : une opportunit\u00e9 ou une menace ?<\/a>) et d’autres outils d’IA, une m\u00e9fiance accrue des m\u00e9contents de notre soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l’\u00e9gard des entreprises de m\u00e9dias \u00e9tablies ou des \u00ab\u00a0grands m\u00e9dias\u00a0\u00bb, la difficult\u00e9 d’amener les (jeunes) lecteurs \u00e0 payer pour les informations, … Les \u00e9diteurs de presse cherchent des solutions \u00e0 chacun de ces probl\u00e8mes. Les nouveaux mod\u00e8les d’entreprise et les nouvelles formes de journalisme semblent \u00eatre les plus pris\u00e9s. M\u00eame si cela repr\u00e9sente un risque non impensable pour la cr\u00e9dibilit\u00e9 du journalisme, nous pouvons \u00eatre optimistes. Le pass\u00e9 r\u00e9cent a prouv\u00e9 \u00e0 maintes reprises que nos \u00e9diteurs de presse ont r\u00e9ussi \u00e0 transformer de nombreuses menaces en opportunit\u00e9s. Il devrait en \u00eatre de m\u00eame pour les d\u00e9fis \u00e0 relever dans les ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n Envie de lire plus ?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n Lors du s\u00e9minaire marquant ses 15 ans, MediaSpecs a invit\u00e9 Niels Famaey (Roularta), Pieter Knapen (Raad voor de Journalistiek) et Bart Pattyn (KU Leuven) \u00e0 d\u00e9battre, entre autres, sur les fake news, les nouveaux modes de journalisme et un engament partag\u00e9 en tant que soci\u00e9t\u00e9. Un compte-rendu qui s\u2019articule autour…<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":10450,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[59],"tags":[],"class_list":["post-10449","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-news-fr"],"acf":[],"yoast_head":"\n
Quels nouveaux modes de journalisme et de publicit\u00e9 voyez-vous \u00e9merger ?
<\/strong>
Niels Famaey <\/strong>: Nous voyons le journalisme pur \u00e9voluer vers un journalisme entrepreneurial ou un journalisme de solutions, dans lequel on se met \u00e0 proposer des solutions au lecteur. Il s\u2019agit d\u2019une sorte de journalisme de service qui consiste \u00e0 fournir un environnement int\u00e9gr\u00e9. Cela peut \u00eatre int\u00e9ressant pour l\u2019annonceur, mais aussi dangereux pour la cr\u00e9dibilit\u00e9. On sent d\u2019ailleurs que de grands groupes m\u00e9dia sont \u00e0 la recherche de nouveaux mod\u00e8les d\u2019affaires. The New York Times \u00e9volue de plus en plus en vue de devenir une sorte de compagnon de route pour ses lecteurs. Il les accompagne tout au long de la journ\u00e9e, et ce, dans des domaines tr\u00e8s vari\u00e9s tel le gaming, les recettes, \u2026 \u00c0 l\u2019heure actuelle, la publicit\u00e9 native est toujours clairement identifi\u00e9e comme de la publicit\u00e9, mais je ne sais pas dans quelle mesure la fronti\u00e8re glissera\u2026<\/p>\n\n\n\n
Niels Famaey :<\/strong> Aujourd\u2019hui, l\u2019I.A. est encore souvent un g\u00e9n\u00e9rateur de texte. Ce type d\u2019outils cueille des bribes dans certains espaces du Web et s\u2019en sert ensuite pour \u00e9chafauder un texte. L\u2019outil d\u2019I.A. ne v\u00e9rifie pas ses sources, on ne peut pas voir les sources et il n\u2019est pas capable de distinguer les fake news des informations v\u00e9ridiques. Sans parler des deep fakes et des outils de clonage de voix. Tout cela rec\u00e8le des dangers, mais pr\u00e9sente aussi beaucoup d\u2019opportunit\u00e9s. Si gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019I.A. des articles peuvent \u00eatre r\u00e9dig\u00e9s, nos journalistes pourront consacrer plus de temps \u00e0 l\u2019investigation et \u00e0 la couverture journalistique, et non \u00e0 reproduire du contenu qui existe d\u00e9j\u00e0 ailleurs. Par contre, je ne me mettrais \u00e0 utiliser l\u2019I.A. en tant qu\u2019\u00e9diteur qu\u2019une fois que je serais en mesure d\u2019en v\u00e9rifier les sources.<\/p>\n\n\n\n
\u00c0 l\u2019avenir, les m\u00e9dias seront-ils capables de continuer \u00e0 cr\u00e9er un engagement partag\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n