{"id":10397,"date":"2023-05-17T13:18:42","date_gmt":"2023-05-17T11:18:42","guid":{"rendered":"https:\/\/wemedia.be\/?p=10397"},"modified":"2023-07-28T13:19:50","modified_gmt":"2023-07-28T11:19:50","slug":"que-font-les-editeurs-dans-la-lutte-contre-les-fake-news","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wemedia.be\/fr\/nieuws\/que-font-les-editeurs-dans-la-lutte-contre-les-fake-news\/","title":{"rendered":"Que font les \u00e9diteurs dans la lutte contre les fake news ?"},"content":{"rendered":"\n

M\u00eame si au travers du terme \u2018fake news\u2019 la diffusion de la d\u00e9sinformation est (g\u00e9n\u00e9ralement) injustement associ\u00e9e aux activit\u00e9s des m\u00e9dias d\u2019information, il est un fait que les professionnels de l\u2019information jouent un r\u00f4le de taille dans la lutte contre les contre-v\u00e9rit\u00e9s et les infos trompeuses. Comment les \u00e9diteurs belges s\u2019acquittent-ils toutefois exactement de cette mission ?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n

\u00ab Il est aujourd\u2019hui question d\u2019un tsunami d\u2019informations \u00bb, dit Pol Deltour, secr\u00e9taire national de la Vlaamse Vereniging van Journalisten (VVJ)<\/a> et de l\u2019Association G\u00e9n\u00e9rale des Journalistes Professionnels de Belgique (AGJPB)<\/a>, pour situer le contexte dans lequel la d\u00e9sinformation fait rage. \u00ab Les fake news sont de tout temps, mais la diffusion plus large et plus rapide de l\u2019information rend le probl\u00e8me plus aigu que jamais. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Surtout parce que les messages trompeurs ou carr\u00e9ment faux ne restent pas sans cons\u00e9quences, encha\u00eene Deltour. \u00ab Les fake news autour du coronavirus ont co\u00fbt\u00e9 des vies. Ceux concernant les banques ont fait des victimes financi\u00e8res. Aux \u00c9tats-Unis, les fake news politiques ont failli engendrer une r\u00e9volution. \u00bb Il ne fait \u00e9videmment aucun doute qu\u2019en tant que pourvoyeurs d\u2019information pur-sang, les m\u00e9dias d\u2019information peuvent grandement contribuer \u00e0 la lutte contre ces fake news et les effets f\u00e2cheux qu\u2019elles peuvent avoir.<\/p>\n\n\n\n

Le meilleur rem\u00e8de : les non-fake news<\/strong><\/p>\n\n\n\n

Selon Pol Deltour, un premier \u00e9l\u00e9ment de r\u00e9ponse que peuvent apporter les m\u00e9dias \u2013 sans doute le plus important \u2013 est li\u00e9 \u00e0 leur mission principale. \u00ab Le meilleur rem\u00e8de contre les fake news est tout simplement le diffusion de non-fake news : des informations fiables relay\u00e9es par des professionnels. Fort heureusement, en Belgique nous ne pouvons pas nous plaindre sur ce point, car tant les quotidiens et les cha\u00eenes classiques que les \u00e9diteurs de magazines remplissent cette mission avec verve. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Selon Jan Jagers, journaliste free-lance chez Roularta Media Group<\/a> et Managing Director de deCheckers vzw, il est en effet important que les m\u00e9dias poursuivent une culture of accuracy<\/em>. \u00ab Et n\u2019h\u00e9sitons pas \u00e0 placer la barre encore un peu plus haut : il n\u2019est pas simple d\u2019avouer et de rectifier ses erreurs publiquement, mais si l\u2019on esp\u00e8re obtenir la confiance du public, on doit le traiter avec respect. \u00bb Ce besoin de transparence est en outre mis en exergue dans le Code du Raad voor de Journalistiek (le Conseil pour le journalisme en Flandre, ndlr.), dit Pol Deltour. \u00ab S\u2019il arrive, malgr\u00e9 tout, qu\u2019une fausse info se glisse dans l\u2019information, les journalistes ont le devoir \u00e9thique professionnel de se corriger. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

J\u00f6rgen Oosterwaal, directeur cr\u00e9atif chez De Morgen et Humo, plaide par ailleurs pour le calme dans la pratique journalistique. \u00ab Dans mes discussions avec les r\u00e9dactions, je mart\u00e8le souvent qu\u2019il est essentiel de prendre suffisamment de temps et de ne jamais se laisser presser. De ne pas constamment penser charge<\/em>, mais aussi d\u00e9charge. <\/em>Ainsi, lorsque quelqu\u2019un appara\u00eet sous un mauvais jour dans les m\u00e9dias, cela engendre souvent un flux d\u2019informations n\u00e9gatives, ax\u00e9 sur une culpabilit\u00e9 croissante. Un journaliste tentera rarement de d\u00e9nicher des \u00e9l\u00e9ments qui \u00e9tayent l\u2019innocence. \u00bb Afin d\u2019\u00eatre complet, mentionnons qu’avec le Conseil de D\u00e9ontologie Journalistique, il existe un organisme ind\u00e9pendant charg\u00e9 de traiter les questions ou les plaintes relatives \u00e0 l’\u00e9thique professionnelle des journalistes.<\/p>\n\n\n\n

La confiance est cruciale<\/strong><\/p>\n\n\n\n

La confiance du public dans les m\u00e9dias d\u2019information (traditionnels) est capitale. L\u2019information diffus\u00e9e de mani\u00e8re professionnelle a beau \u00eatre d\u2019une qualit\u00e9 et d\u2019une fiabilit\u00e9 exceptionnelles, c\u2019est \u00e9galement la perception de la fiabilit\u00e9 qui joue un r\u00f4le important. Surtout dans le contexte d\u2019un tsunami d\u2019informations dans lequel bon nombre de citoyens (plus jeunes) se laissent principalement informer par des infos plus ou moins obscures sur les m\u00e9dias sociaux, une probl\u00e9matique qui a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 abord\u00e9e lors du d\u00e9bat MediaSpecs sur les fake news<\/a>.<\/p>\n\n\n\n

\u00ab Il est important d\u2019approcher tout le monde \u00e0 visage d\u00e9couvert \u00bb, lance J\u00f6rgen Oosterwaal. \u00ab Les gens qui croient aux fake news sont loin de former un groupe homog\u00e8ne. D\u2019aucuns ont des doutes concernant certains th\u00e8mes, d\u2019autres per\u00e7oivent la v\u00e9rit\u00e9 de mani\u00e8re alternative. Ce ne sont en tout cas pas tous des idiots et des \u00e9cervel\u00e9s. Efforcez-vous toujours d\u2019\u00e9couter, d\u2019entamer le dialogue et de comprendre les sensibilit\u00e9s. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

\u00ab Le professionnalisme, la transparence, le respect de la vie priv\u00e9e, la diversit\u00e9 dans l\u2019information : la fiabilit\u00e9 pr\u00e9sente diff\u00e9rentes facettes et est, en fin de compte, la cl\u00e9 \u00bb, dixit Deltour. \u00ab Si le public vous fait confiance, il viendra toujours frapper \u00e0 votre porte pour \u00eatre inform\u00e9. Cependant, cette confiance ne s\u2019obtient pas en un seul jour. Et attention : la confiance arrive \u00e0 pied, mais part au galop. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Fact-checking<\/strong><\/p>\n\n\n\n

Pol Deltour \u00e9voque en outre l\u2019importance du counter speech<\/em>, la contestation directe et la d\u00e9mystification des fake news. \u00ab Il s\u2019agit alors \u00e9videmment de fact-checks<\/em>, un domaine dans lequel de nombreux m\u00e9dias s\u2019investissent aujourd\u2019hui. Sur ce point, j\u2019ai vraiment le sentiment que nous sommes sur le bon chemin dans notre pays. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

J\u00f6rgen Oosterwaal, quant \u00e0 lui, \u00e9met quelques observations critiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cette technique. \u00ab Le fact-check est devenu une sorte de mythe, mais en v\u00e9rit\u00e9 c\u2019est davantage un format qu\u2019une offre journalistique. \u00c0 mes yeux, cela a peu de sens de proc\u00e9der chaque fois \u00e0 un fact-check. Si l\u2019on veut contrer les fake news sur toute la ligne, il faut que la r\u00e9daction tout enti\u00e8re soit form\u00e9e \u00e0 la lutte contre les fausses informations et chaque article publi\u00e9 doit \u00eatre faire l\u2019objet d\u2019une v\u00e9rification des faits. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Jan Jagers, lui, attache beaucoup de valeur aux articles qui v\u00e9rifient les faits. \u00ab La double v\u00e9rification des faits est \u00e9vidente et constitue la base de tout article journalistique qui se respecte. Cependant, le genre du fact-check en soi est \u00e9galement particuli\u00e8rement utile : non pas comme silver bullet<\/em> contre les fake news, mais bien en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ment dans un package total de journalisme de qualit\u00e9. Cela vous permet de suivre \u00e0 la trace, d\u2019investiguer et de cadrer et commenter de mani\u00e8re transparente tout ce qui influe sur le d\u00e9bat publique. Il s\u2019agit alors d\u2019informations virales sur les m\u00e9dias sociaux, mais tout aussi bien d\u2019affirmations de politiciens. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Collaboration<\/strong><\/p>\n\n\n\n

Le fait que les fact-checks parviennent surtout \u00e0 ceux qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 victime de la d\u00e9sinformation examin\u00e9e constitue un point de critique suppl\u00e9mentaire important. Pour y pallier et sensiblement augmenter l\u2019impact de tels articles, deCheckers est une initiative int\u00e9ressante et un bel exemple de collaboration entre diff\u00e9rentes enseignes m\u00e9dia. VRT NWS, Knack et Factcheck.Vlaanderen y rassemblent en effet tous leurs fact-checks \u2013 et les portes sont grandes ouvertes pour accueillir encore d\u2019autres partenaires.<\/p>\n\n\n\n

On ne s\u2019y borne d\u2019ailleurs pas \u00e0 proposer un vaste catalogue d\u2019articles de fact-checking. Chacun peut y laisser des tuyaux, qui sont alors refil\u00e9s aux diff\u00e9rentes r\u00e9dactions. En outre, deCheckers est tr\u00e8s actif sur les m\u00e9dias sociaux, la source de beaucoup de maux. \u00ab Je suis plut\u00f4t fier de pouvoir dire que c\u2019est le seul projet au monde qui, syst\u00e9matiquement, diffuse sur les m\u00e9dias sociaux les fact-checks en regard des informations incorrectes associ\u00e9es \u00bb, se targue Managing Director Jan Jagers. \u00ab Nous enrichissons ainsi le d\u00e9bat public de faits. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Une fonction \u00e9ducative ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n

Personne n\u2019est d\u2019avis qu\u2019endosser un r\u00f4le pontifiant en tant que m\u00e9dia d\u2019information serait un bon plan. Par contre, il existe bel et bien une base de soutien pour les articles de journalisme d\u2019investigation sur l\u2019impact de la d\u00e9sinformation ou l\u2019utilisation de l\u2019expertise journalistique pour, en quelque sorte, former le public \u00e0 reconna\u00eetre les fake news. Cela peut se faire en fournissant de l\u2019information sur certains indicateurs de d\u00e9sinformation, ou encore en enseignant des techniques qui permettent \u00e0 chacun de v\u00e9rifier la v\u00e9racit\u00e9 d\u2019une source ou d\u2019une image par soi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n

Le fait qu\u2019entre-temps, les r\u00e9seaux d\u2019enseignement et des initiatives comme Mediawijs sont attentifs aux dangers des fake news, d\u00e9montre que les m\u00e9dias ne sont pas seuls dans ce combat.  Il y a bien s\u00fbr aussi les efforts qui \u00e9manent du monde politique, tant au niveau europ\u00e9en qu\u2019en Belgique. Dans ce cadre, Pol Deltour a toutefois quelques r\u00e9serves. \u00ab D\u00e9terminer ce qui est une information correcte ou non est un exercice difficile et il convient de ne pas mettre tous ses \u0153ufs dans le panier des pouvoirs publics. Ce sont surtout les m\u00e9dias qui, \u00e0 travers l\u2019autor\u00e9gulation, devront d\u00e9terminer et surveiller les fronti\u00e8res. \u00bb<\/p>\n\n\n\n

Une th\u00e8se que WE MEDIA, en tant que f\u00e9d\u00e9ration d’\u00e9diteurs, soutient pleinement et d\u00e9fend, entre autres, dans le d\u00e9bat actuel sur l\u2019European Media Freedom Act<\/a>.<\/p>\n\n\n\n

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